Kelayne #2

          Alors que je suis encore une fois en train de rêver de la reine blonde, un sursaut dans ma gousse me fait sortir du rêve quelques secondes. Elle devient de plus en plus transparente. J’entre-ouvre parfois les yeux, mon réveil se fait proche. Je vois à travers parfois. Les Premiers-Nés veillent sur nous. Pourtant ils sont à peine plus agés, des enfants pour ce monde. Nous les remercions pour cela. Je replonge aussitôt dans le Rêve. Un charr. Et derrière lui des centaines de charrs. Mais que font-ils ? Ils galopent à travers les plaines. Mais ils foncent sur Orr et toute la Kryte. Quand sommes-nous ?

         Le prêtre d’Orr fait son rituel. Je le vois qui se coupe le poignet pour verser le sang. Alors que je lui crie que ça ne sert à rien, je ressens et vois ce qu’il fait. Il appelle une magie bien noire… Je suis propulsée hors du rêve, plus jamais je n’irai en rêve à Orr…

         Quelqu’un me regarde à travers la gousse. Ses veines brillent, la sève est bien jaune, je suis impressionnée. Mais l’Arbre Clair n’en a pas fini avec moi, il me rappelle à lui.

         Ke’yaviend’ha est à cheval devant un millier de soldats qu’elle a entrainé et poussé à la victoire. Elle y est proche. Je me passe une main dans les cheveux. Enfin, elle le fait. Je me sens si proche de cette noble, alors que je suis une enfant, la reine d’une belle cinquantaine d’année ordonne à ses hommes l’arrêt. Elle lève l’épée. En face d’elle, des milliers de norns. Nous sommes à la tête d’une armée de soldats entrainés, mais en face, il y a la passion de la guerre, et le temps nous est défavorable. La Dame pointe son épée vers l’ennemi, et tous foncent, courent à leur perte, pour l’amour de la femme blonde.

         Je charge dans la bataille comme une furie sanguinaire. Mes soldats, mon armée, me suivent comme mon ombre. Nous déferlons sur les ennemis en rang serrés, nos chevaux soulèvent la poussière de la plaine et l’herbe est arrachée par la violence de la course. Les ennemis aussi foncent vers nous. Ils sont à pieds, mais près du double de soldats, et tous savent qu’un Norn est fier et puissant, imbattable. Ce sera un combat digne des plus grands récits.
Je repense à toute ma vie, passée à ruiner des personnes, à tuer pour devenir la reine de mon peuple. J’ai utilisé les pires méthodes pour arriver à ce stade. J’en suis fière, il a fallu du sang et des larmes, mais mon peuple est en paix, et veut maintenant se venger de ses voisins du nord. Sur ces terres où nous avons perdu frères et pères, il est grand temps que le royaume se relève de ses cendres ! J’assure la prise sur ma hache de guerre, de trois bons pieds et de deux de large, c’est une pièce noire et luisante, faite d’Obsidienne, la pierre incassable. Je détruis le bouclier du premier soldat qui passe, tourne sur moi même, donne de l’ampleur à mon mouvement circulaire et viens tout simplement couper la tête des deux prochaines armures qui passent sur mon chemin. Les géants blonds m’entourent, je me sens chez moi parmi eux. Mais ils ne sont pas les parents que j’ai perdu. Mes guerriers s’introduisent dans le cercle d’ennemis et tailladent de la tête Norn à foison. C’est un massacre des deux côtés, et je ne perds pas espoir de mettre fin à cette race de barbares. Je resserre mon amprise sur la bataille, et sur ma hache, et j’attaque à nouveau. On contre ma hache mais je pousse du pied l’ennemi et je le finis en transperçant son casque. Le temps de retirer ma lame, que je la rentre à nouveau dans un corps sur mon côté, un de mes soldats finit le norn tandis que j’aperçois une couronne d’acier au loin.
          IL EST LA !

         Mon sang ne fait qu’un tour et je fonce vers le seigneur Norn. C’est un barbare sans foi ni loi qui pille et viole, il mérite de mourir, autant que chaque homme. Mais je ne peux me passer des miens. Lui par contre, il va tout perdre aujourd’hui, je le jure. Ma hache se prépare et affronte son bouclier. Je le vois éclater de rire, et ma rage s’agrandit. J’ordonne aux soldats à côté de moi de sécuriser la zone où on se retrouve, et un cercle se forme pour protéger les deux chefs de cette bataille, tandis qu’ils s’entretuent. Je l’effleure à peine, il est bien trop rapide. De son côté, il me blesse peu, j’ai souvent combattu contre plus grand que moi, ma hache me sert aussi de bouclier. Je passe sous son épée et je l’entaille sévèrement la jambe. Je tourne sur moi même et va pour lui coller le coup de grâce et remontant droit sur sa tête verticalement.

         J’ai revécu ce moment avec une autre personne un autre jour, ce qui m’a permis de comprendre ce qui s’était passé ce jour là. Alors que la reine fonçait dans le combat, son second, un grand guerrier, amant de la reine par extension, combattait de son côté avec un petit bataillon contre la furie ennemie. Il s’appelait Gerald, c’était un paladin, une vraie sainteté chez les guerriers, pur et dévoué. Mais ces années passées à servir une reine prête à tout, l’avait peu à peu changé. Il avait appris à se salir les mains pour le bien. Et il avait aussi compris comment voir et résoudre un problème. Et il en avait un très gros. Ses soldats se faisaient massacrer par la troupe de barbares. Il lui fallait trouver un moyen d’abattre ses adversaires. Il réalisa très vite qu’ils ne pouvaient gagner. Il chercha sa reine des yeux, et ne la voyant pas, se fraya un chemin jusqu’au centre de la bataille, là où il l’avait perdu de vue.
         Elle était là, combattant le Norn à la couronne. Il était fort, elle l’était bien plus en vérité. Mais elle n’avait pas son armée. Or Gerald savait très bien ce qu’il adviendrait d’elle et de son peuple si le roi adverse mourait… Un autre prendrait sa place dans la minute, et toute l’armée de la belle Dame serait éliminée. Gerald savait aussi ce qui faisait du seigneur Norn un bon seigneur. Contre une bonne paye, il serait prêt à tous les épargner. En tant que Sylvari, je compris son acte, mais ce rêve me brisa le coeur. Le capitaine se força le passage dans le cercle, à coup de moulinets de sa masse, jusqu’à atteindre la reine. Elle venait de faire une magnifique fente, et il sentait qu’elle allait emporter ce duel dans les prochains coups. Il s’abaissa dans son dos, et sa dague transperça son sein gauche. Il pleurait en agissant ainsi pour son peuple, car il perdait son seul amour.

         Mais d’un coup j’ai mal, très mal. Je lâche aussitôt l’arme, et je m’appuie sur mes deux bras pour ne pas m’écrouler. Qui a pu… ?! J’écarquille les yeux. Je ne peux pas y croire, et Ke’yaviend’ha non plus. Comment est-ce possible. Je souffre le martyre, pire encore, la beauté de mon corps à jamais abimée par ce poignard dans mon cœur et en mon sein. Comment, pourquoi ?! Gerald, mon ami, mon compagnon.. Il pleure, mais c’est à moi de pleurer ! C’était ma victoire ! Ils étaient si beaux ensemble. Je revois encore les doux rêves où la Dame le convoquait la nuit, ou les regards triomphants lorsque le bel homme remportait une joute. Le Norn me regarde de haut. Il est aussi choqué que moi. Mais il sourit. Il s’agenouille à côté de moi, pousse Gerald par terre, et me prend la tête sur ses genoux. Elle pleure maintenant. Elle souffre comme jamais elle n’a souffert, physiquement et moralement. Elle n’a plus de force. Le barbare lui embrasse le front et fait un signe sur sa tête et vers son coeur. Il se rappellera d’elle. Mais je voulais tellement plus, qu’il paie, qu’ils payent tous… Etais-je trop faible ? J’entends Gerald qui crie qu’il est désolé… Je n’en peux plus, je souffle une dernière fois ferme les yeux. Elle n’est plus, et je me fais expulser du rêve à nouveau. Dans quel état je suis moi ? Kelayne, réveille toi !

Notes de la Sylvari Kelayne Aes Sedai,
Seconde-Née de l’Arbre Clair,
Cycle de la Nuit.
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Kelayne #1

Voici un récit en quatre parties qui s’inscrit dans l’histoire de Guild Wars 2. Kelayne est une Sylvari, une humanoïde végétale.

          Mère nous le faisait rêver souvent. Pendant que mon corps grandissait dans la gousse, que ma sève se répandait dans mes ramifications, que mes feuilles s’épanouissaient, que les tiges créaient mon visage, Mère nous montrait ce qu’elle souhaitait qu’on sache. A travers nos rêves, nous vîmes. Dames Caithe et Faolain, mais aussi Aife, ou Malemodies et sa rencontre avec les Asuras. Ces créatures si étranges, faîtes de chair et de sang. Mais Mère ne s’arrêtait pas là, elle nous montrait l’étendue terrestre dans son ensemble. Bien avant les Premiers-Nés, ensoleillée soit leur vie, il y eut des hommes. Mère nous les montre à travers des rêves forts, emprunts de colère et de tristesse. Elle nous pousse à les aimer. Je les aime déjà. Elle nous montre ce qu’ils redoutent, le mal incarné. On ne le discerne pas, comme si mes feuilles cachaient à mes yeux et à mes rêves ce qui est trop dangereux. Mais je l’imagine. Mère nous souffle dans une image de corps flottant ce qu’il advient à ses proies. Je ressens autant que je vois une couleur. Elle est là, présente autour de nous. Et plus encore derrière, une sensation de douleur, de Mort, on nous a appris ce mot, je ne le comprends pas.
Comme la Naissance, et l’Enfance, comme Parents et Soeurs, tous ces mots nous sont inconnus. Nous sommes si différents de ce monde. En ce point Il est pareil. Si différent, si mortel. Je ressens les autres, ils se disent pareil. A travers les Premiers-Nés, nous savons qu’il ne peut nous maudir, nous corrompre, en ce la, nous savons. Il nous faut les combattre.

          Je revois encore Faolain crier devant les Premiers-Nés qu’il faut abattre l’ennemi. Dans les rêves tout semblait être en dehors du temps. Mais repenser à ce jour là, alors que nous venions « d’éclore »… Ce fut un jour mauvais pour les Sylvaris. Comme tous depuis quand on y repense. Mais à l’époque, le rêve était si plein, si vivant. Nous passions de la vie d’un humain à une époque révolue, puis nous vivions une découverte d’un Premier-Né, avant de revenir à un Centaure. La vie était si enrichissante. Nous apprenions tellement. Je me souviens qu’une pousse de mon cycle me dit un jour qu’il aurait toujours voulu vivre en tant que gousse. Je lui répondais alors que sa vie commençait à peine, et que Mère ne nous laisserait pas tomber et continuerait de nous apprendre. D’une certaine façon elle le fit.
Alors que je quittais la gousse pour la première fois, je me souviens très bien que notre somnité m’attendait. Je tombais à ses pieds et la sève protectrice se répandant tout autour de moi, il me demanda comment je m’intitulais. Comme beaucoup, mon identité s’était forgée dans le Rêve des rêves. Kelayne de la nuit, comme le crépuscule venait de s’éteindre, et que les étoiles étaient plantées dans le ciel de la Tyrie, il était évident de prendre le nom magique de la poussière de pierres précieuses. Sedai fut le second nom que je choisis, il symbolisait ce que je voulais devenir. Réservée et prompte à partir à l’aventure. Honneur et Fierté. D’être Sylvari, la plus jeune race de la Tyrie, mais aussi d’être l’agent de l’ombre contre le Dragon, et ses engeances prêtes à corrompre Mère. Oui je lui répondais « Kelayne aes Sedai », noble parmis les humbles. Il rechigna à dire s’il pensait quoi que ce soit de mon choix, mais je vis dans ses yeux que ça ne lui déplaisait pas. Il avait été le premier à rencontrer l’adversité, et j’étais fière d’être dans ce cycle, dirigé par Malomedies et sa rigueur. Bien des années plus tard, je le remerciais encore de m’avoir fait m’épanouir.

          L’impression de vivre en sortant de la gousse me vint alors que je ressentais pour la première fois ce lien d’empathie qui nous démarque tellement des autres races de la Tyrie. Ressentir les sentiments des ses proches, vivre avec eux les grands moments de leur vie, ce fut un instant de plaisir quand je vis mes deux camarades devenir amants dans les sentiments puis dans la sève. A l’époque je ne comprenais pas, mais nous le ressentions tous. Puis années après années, nous apprîmes ce qu’était qu’aimer un autre être, et alors que je devenais difficile à accepter quelqu’un dans le rêve, je me souviens encore m’avoir demandé si je ne devais tout simplement pas prendre et absorber le besoin toujours brûlant qui touchait mes feuilles, plutôt que d’attendre celle qui fera s’épanouir mes Rêves. Plus tard je fis ce choix, et maintenant que j’ai quelque recul, je dois admettre qu’il est bien plus plaisant de goûter les fleurs chaque jour plutôt que d’attendre le bourgeon de l’accomplissement.

Premières notes de la Sylvari Kelayne Aes Sedai,
Seconde-Née de l’Arbre Clair,
Cycle de la Nuit.

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Simple étudiant, j’ai créé ce blog pour poster mes écrits, récits, nouvelles, etc. Pas dans le but d’une quelconque reconnaissance, mais seulement d’une visibilité « on Line ». J’écris depuis quelques années pour mon plaisir, à propos de sujets divers et variés. Ce sont généralement des récits romancés, d’une Héroic Fantasy à une Science Fiction, d’un écrit contemporain à un récit historique.

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Florimon.