Kelayne #1

Voici un récit en quatre parties qui s’inscrit dans l’histoire de Guild Wars 2. Kelayne est une Sylvari, une humanoïde végétale.

          Mère nous le faisait rêver souvent. Pendant que mon corps grandissait dans la gousse, que ma sève se répandait dans mes ramifications, que mes feuilles s’épanouissaient, que les tiges créaient mon visage, Mère nous montrait ce qu’elle souhaitait qu’on sache. A travers nos rêves, nous vîmes. Dames Caithe et Faolain, mais aussi Aife, ou Malemodies et sa rencontre avec les Asuras. Ces créatures si étranges, faîtes de chair et de sang. Mais Mère ne s’arrêtait pas là, elle nous montrait l’étendue terrestre dans son ensemble. Bien avant les Premiers-Nés, ensoleillée soit leur vie, il y eut des hommes. Mère nous les montre à travers des rêves forts, emprunts de colère et de tristesse. Elle nous pousse à les aimer. Je les aime déjà. Elle nous montre ce qu’ils redoutent, le mal incarné. On ne le discerne pas, comme si mes feuilles cachaient à mes yeux et à mes rêves ce qui est trop dangereux. Mais je l’imagine. Mère nous souffle dans une image de corps flottant ce qu’il advient à ses proies. Je ressens autant que je vois une couleur. Elle est là, présente autour de nous. Et plus encore derrière, une sensation de douleur, de Mort, on nous a appris ce mot, je ne le comprends pas.
Comme la Naissance, et l’Enfance, comme Parents et Soeurs, tous ces mots nous sont inconnus. Nous sommes si différents de ce monde. En ce point Il est pareil. Si différent, si mortel. Je ressens les autres, ils se disent pareil. A travers les Premiers-Nés, nous savons qu’il ne peut nous maudir, nous corrompre, en ce la, nous savons. Il nous faut les combattre.

          Je revois encore Faolain crier devant les Premiers-Nés qu’il faut abattre l’ennemi. Dans les rêves tout semblait être en dehors du temps. Mais repenser à ce jour là, alors que nous venions « d’éclore »… Ce fut un jour mauvais pour les Sylvaris. Comme tous depuis quand on y repense. Mais à l’époque, le rêve était si plein, si vivant. Nous passions de la vie d’un humain à une époque révolue, puis nous vivions une découverte d’un Premier-Né, avant de revenir à un Centaure. La vie était si enrichissante. Nous apprenions tellement. Je me souviens qu’une pousse de mon cycle me dit un jour qu’il aurait toujours voulu vivre en tant que gousse. Je lui répondais alors que sa vie commençait à peine, et que Mère ne nous laisserait pas tomber et continuerait de nous apprendre. D’une certaine façon elle le fit.
Alors que je quittais la gousse pour la première fois, je me souviens très bien que notre somnité m’attendait. Je tombais à ses pieds et la sève protectrice se répandant tout autour de moi, il me demanda comment je m’intitulais. Comme beaucoup, mon identité s’était forgée dans le Rêve des rêves. Kelayne de la nuit, comme le crépuscule venait de s’éteindre, et que les étoiles étaient plantées dans le ciel de la Tyrie, il était évident de prendre le nom magique de la poussière de pierres précieuses. Sedai fut le second nom que je choisis, il symbolisait ce que je voulais devenir. Réservée et prompte à partir à l’aventure. Honneur et Fierté. D’être Sylvari, la plus jeune race de la Tyrie, mais aussi d’être l’agent de l’ombre contre le Dragon, et ses engeances prêtes à corrompre Mère. Oui je lui répondais « Kelayne aes Sedai », noble parmis les humbles. Il rechigna à dire s’il pensait quoi que ce soit de mon choix, mais je vis dans ses yeux que ça ne lui déplaisait pas. Il avait été le premier à rencontrer l’adversité, et j’étais fière d’être dans ce cycle, dirigé par Malomedies et sa rigueur. Bien des années plus tard, je le remerciais encore de m’avoir fait m’épanouir.

          L’impression de vivre en sortant de la gousse me vint alors que je ressentais pour la première fois ce lien d’empathie qui nous démarque tellement des autres races de la Tyrie. Ressentir les sentiments des ses proches, vivre avec eux les grands moments de leur vie, ce fut un instant de plaisir quand je vis mes deux camarades devenir amants dans les sentiments puis dans la sève. A l’époque je ne comprenais pas, mais nous le ressentions tous. Puis années après années, nous apprîmes ce qu’était qu’aimer un autre être, et alors que je devenais difficile à accepter quelqu’un dans le rêve, je me souviens encore m’avoir demandé si je ne devais tout simplement pas prendre et absorber le besoin toujours brûlant qui touchait mes feuilles, plutôt que d’attendre celle qui fera s’épanouir mes Rêves. Plus tard je fis ce choix, et maintenant que j’ai quelque recul, je dois admettre qu’il est bien plus plaisant de goûter les fleurs chaque jour plutôt que d’attendre le bourgeon de l’accomplissement.

Premières notes de la Sylvari Kelayne Aes Sedai,
Seconde-Née de l’Arbre Clair,
Cycle de la Nuit.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s