Kelayne #3

         C’est un réveil. Je crois. Je tombe sur un sol dur, et toute la sève dans laquelle je baignais se répand autour de moi. J’ai un peu froid. Un vend souffle sur mon visage, un vent doux. Mes cils s’excitent, j’ouvre les yeux. Tout est vert, bordeaux, jaune. J’ai appris ces couleurs dans le Rêve. Je comprends à ce moment ce qu’il m’arrive. Je suis née ! Je ferme les yeux, et essaie de ressentir ce qui fait de moi une Sylvari adulte. Mes mains s’ouvrent et se ferment, saisissent le bois sous mes jambes. Elles caressent l’écorce, savourent les sensations sur le bois. Mes feuilles entrelacées dans mes bras, celles de ma coiffure, toutes s’éveillent, se dressent fièrement contre le vent, créent le sentiment de voler. Enfin je crois que ça ressemble à ça, voler. Je n’ai jamais ressenti une telle chose. Mes yeux s’ouvrent à nouveau. Je passe une main devant mon visage, souffle dessus. L’air que je dégage ne vient bien sûr pas de poumons ou autre, comme les humains durant mes nombreux rêves, mais de mes cuticules et de la couche protectrice sur ma « peau ». Ma sève s’éveille au contact de l’oxygène dans l’air, brille plus fort. Elle illumine mon entourage et je découvre que je ne suis pas toute seule. C’est le seul moment de la vie d’un Sylvari qu’on ne peut pas voir dans le Rêve, la Naissance. Un mâle me regarde de haut. Je m’habitue peu à peu à la lumière de la lune, des lanternes et de la sève de chaque branche de l’Arbre Clair, bénit soit sa sève.

         Malomedies me sourit et pose une main sur mon épaule. je baisse mon regard et découvre que je suis nue. Je ne suis pas choquée. Je laisse ça aux femelles humaines. Comme la dame blonde de mes rêves, je réalise que mon corps est sublime à mesure que je le découvre et que je le palpe. Mais je n’ai pas le temps d’aller en profondeur, mon maître d’éveil crée un contact dans ma sève, et les feuilles et le bois qui constituent mon corps s’agrandissent, s’ouvrent, recouvrent mon corps. Une grande feuille vient couvrir ma poitrine, puis une autre dans un sens différent. Les secondes passent et mon propre corps me crée des vêtements légers et agréables. Je remercie l’Arbre Clair de cette bénédiction, et souris à Malomedies. Je me lève enfin. Je tiens sur mes jambes. Je regarde autour de moi, le monde est libre d’être explorer.

         Dans le Rêve, tu n’y penses pas, mais une fois dans le monde, ouvert à l’exploration, tu te demandes bien ce que tu comptes faire de ta vie. Je me le suis demandé pendant des années. J’ai été une ambassadrice de mon peuple pendant les cinq dernières, mais ce n’était pas pour moi, mais pour toute ma race que je le faisais. J’allais et venais, au Promontoire Divin, à la Citadelle, je retournais au Bosquet porter des messages. J’étais l’envoyée de Caithe comme d’autres Sylvari, missionnée pour mes capacités et mes Rêves. En effet on choisissait les Sylvari pour leurs compétences, leur intelligence et leur expérience dans le Rêve. Ensuite venait leur capacité d’adaptation au monde et leurs rencontres déjà effectuées. A l’époque où je cherchais à aider mon peuple, et donc que je suivais Caithe dans son ambassade pour la paix, je rencontrai la reine humaine. Ma présence était bien sûr minime, et elle ne m’adressa même pas la parole, mais je la sentis gentille. Elle s’entretint de nombreuses fois avec notre héroïne et ses amis, les légendes de chaque race. C’est à la suite de cette réunion qu’on parla aux guerriers, aventuriers et autres solitaires, qui voulaient œuvrer pour une noble cause, de l’ancienne et noble Légion d’Obsidienne.

         Je ne connaissais pas cet ordre. Malgré tous mes Rêves, je n’avais jamais accédé à une telle connaissance, peut-être parce que leurs actions dataient de bien trop longtemps, et que l’Arbre Clair ne me montrait que les grands acteurs et intelligences afin qu’on apprenne vite. J’essayais de me renseigner, mais peu de choses en sortirent, si ce n’était une bonne et noble cause qui agissait en accord avec les humains et la Lame pour aider. Mais ce fut un autre côté de leur ordre qui m’y fit m’y intéresser. Elle agissait dans l’ombre par bien des aspects. Même si d’après l’envoyé de la Lame qui nous enjoignait à rejoindre la Légion, le nombre de servants s’était agrandi ces dernières décennies, elle restait la pâle ombre de ce qu’elle avait été, une vraie armée. Et c’est ce côté espionnage qui m’intrigua. Un ordre aussi puissant, bien que diminué, aurait du lever une armée pour combattre les ennemis de la Kryte… Je décidais de mener mon enquête, et de m’approcher de ces protecteurs.

         Lors d’une mission pour Caithe, et alors que je menais toujours mon enquête sur la Légion, je fis la rencontre d’un lieutenant d’une division de la pierre noire. A cette époque j’étais à la recherche d’agents de la Cour des Cauchemars, et cette quête m’avait amenée près d’un bosquet éloigné de l’Arbre Clair. A cette même époque des humains renégats s’étaient fait remarquer à la capitale humaine. Ceux-ci voulaient un trône plus agressif envers les autres races, et comptait déjà plusieurs attaques suicides pour se débarrasser d’ambassadeurs Charr. J’étais au courant de ce fait mais n’étais pas en charge de l’enquête car ça ne concernait pas directement Caithe ou un de mes camarades. J’étais pour ma part sur la piste de deux traitres à l’Arbre Clair, qui avaient rejoint depuis peu la Cour, et je pensais pouvoir les pister et faire une attaque éclair avec mes deux compagnons de la nuit. Neyl’a et Ryotn étaient deux Sylvari qui avaient grandi ensemble, et je les avais depuis quelques années maintenant sous mes ordres. Ils étaient spécialistes de la dague, et pouvaient tuer n’importe qui dans la nuit, sans que même les animaux s’en rendent compte. C’était des amis, et des servants exemplaires de l’Arbre Clair. Lorsque nous arrivâmes aux alentour de la forêt suspecte, nous comprîmes très vite qu’il n’y avait pas que deux traîtres à notre race, mais quelque chose de plus nombreux, et plus dangereux. Des soldats humains étaient partout, défendant chaque entré des chemins, et plusieurs faisaient des rondes dans le bois. Je procédais à un rapide tour de la zone, avant de revenir en arrière vers mes deux assassins. J’avais souvent rêvé de batailles rangées, mais bien souvent je m’étais plus retrouvé à assassiner un par un les ennemis de Caithe qu’à décimer une armée. Et cette nuit là, nous recommencions notre danse morbide. Nous n’aimions pas ce qu’on faisait, mais on le faisait, pour le bien de la Tyrie.

         Nous avancions à travers les branches des arbres, rapides et efficaces. Je me pendais par les jambes, enfonçais ma dague dans le cou d’un ennemi, puis le remontais et l’accrochais au tronc dans le feuillage. Je n’aimais pas les armes du genre, et je préférais combattre avec ma rapière et mon vieux revolver qu’avec cette arme de tueur, sans aucun honneur. Mais parfois l’honneur, il fallait s’en passer. Et puis tuer ces bouchers sans foi ni loi, ça ne méritait que ça, un coup de dague, un coup du lapin, et rien d’autres. Riotn tuait vite et bien, et nous avions déjà bien nettoyé la zone quand un cri de guerre se fit entendre, suivis de dizaines d’hurlements, d’appels à la charge, de cor qui crient et de flèches qui volent. Mais le tout n’était pas dirigé vers nous.

« Neyl’a, couvre moi, on va mettre fin à la vie de ceux qui trainent encore par là ! avait annoncé son fiancé.
Et ils étaient partis en trombe tuer tous ceux qui passer sous eux, descendant même à terre pour aller vite. Et pour ça, pas de problème, les cadavres s’empilaient. J’étais chargée de leur donner des ordres, mais ils n’avaient nullement besoin de moi. Je partai donc à la recherche de ce qui avait ruiné leur escapade nocturne. Et je découvrai après cinq minutes de passage furtif entre les branches que la nuit allait très mal finir. Il y avait une vingtaine d’humains à l’allure mauvaise, habillés en loque avec des épées de mauvaise facture, qui combattaient un groupe de trois individus en noir. Deux étaient des hommes de haute taille, le troisième était une petite Charr, qui griffait chaque ennemi qui s’approchait d’elle. Je considérai alors qu’il s’agissait d’assassins, œuvrant contre les hommes et donc, plutôt dans le même but que nous. Au milieu des assaillants humains, il y avait les deux Sylvaris que je pourchassai ! Je décidai d’observer encore un peu. Vingt était un grand nombre, et mes feuilles me semblaient bien peu épaisses face à ces barbares et mendiants en manque de femmes, d’argent et surement de sang. Alors que Riotn et sa compagne me rejoignaient, un des assassins fut mis à terre, et à moitié décapité. C’était un homme d’un age avancé, qui semblait sourire au moment de rendre son dernier souffle. A ma gauche, Neyl’a lâcha un juron, et je dus la contenir pour qu’elle ne saute pas sauver les deux compagnons du mort. Nous autres Sylvari sommes très sensibles à la mort puisque nous ne l’avons que peu vue. Riotn lui ne tenait pas en face, rouspétant que notre mission avait échoué, et qu’on ne pouvait pas foncer dans le tas. Je décidai alors quand même d’agir, ces gens avaient la même mission à priori que nous.

         Je me concentrai et rangeai mes dagues. Il était l’heure de passer à la phase action de cette mission. La sève en moi palpitait, et s’illuminait à moments réguliers. Riotn et Neyl’a firent de même, et nous plongèrent ensemble dans l’ombre de l’ennemi. A mesure que j’avançais, je dégainais mon flingue et mon épée. Sifflant en sortant du fourreau, un ennemi l’entendit et se retourna, mais déjà un coup de marteau de Riotn le faisait sombrer dans la mort. Deux loups vinrent épauler Neyl’a, et ensemble nous bondirent sur les humains.
         Mon épée tranchait des bouts de peau et elle pénétrait les peaux de cuir de mes ennemis. Le marteau et le bouclier de Riotn étaient des armes vengeresses qui massacraient autant qu’elles protégeaient. Et Neyl’a restait tranquillement en arrière avec un arc tandis que les loups sautaient à la gorge de deux soldats. Le compte étaient de cinq contre quinze, mais déjà les assassins au milieu du groupe s’en sortaient un peu mieux. Mon revolver tirait une balle par ci par là, mais je me fis vite encercler, et une hache me transperça le ventre. Trop tard pour moi. Ou pour mon double. L’illusion explosa en petits papillions violets, alors que je sortais définitivement d’une haie derrière un ennemi. Mes clones étaient de parfaites répliques, ma magie créant même de réelles blessures. J’allai vers les assassins aussi vite que je le pouvais, afin d’apporter mon aide. En chemin j’écrasais mon arme sur le front d’un soldat à l’air ahuri et lui tirai une balle dans le crâne. Riotn me félicita de loin et poursuivit son combat contre un homme à la carrure de Norn. J’arrivais enfin devant le corps de l’homme en noir mort un peu plus tôt. Ses deux camarades combattaient autour de lui, les deux Sylvari s’étaient joint au combat et il était difficile pour les deux assassins de rivaliser. Je me fis Illusion. Moi, cachée dans l’ombre de la magie, je me déplaçai furtivement derrière un des traîtres que je pourchassais depuis un mois. C’était un homme, et mon inimitié pour eux se fit ressentir à ce moment. Je rentrais mon épée dans son cou, plusieurs fois, réapparaissant aux yeux de tous, tandis que mon illusion se faisait décapiter par le frère du traître Sylvari. Les assassins crièrent un hourra et reprirent de plus belle. Je me tournais vers le dernier homme dans notre joute et l’assassinais prestement en quelques passes d’armes. C’est là que j’entendis un cri.

         Neyl’a n’avait pas vu venir le coup, et une dague était plantée entre ses yeux. Le dernier Renégat Sylvari s’était retourné pour se débarrasser d’un de ses adversaires, et c’était tombé sur ma protégée. Folle de colère, je lachais alors une phrase courte, un mantra que j’avais préparé à l’avance, et dont je savourais chaque mot dans l’espoir qu’ils fassent souffrir à mort l’ennemi. Les mots eurent un écho, et frappèrent le cerveau du traitre, qui tomba à terre pour se tenir la tête. L’un des assassins courut et décapita proprement notre ennemi commun. Riotn courrut au près de sa compagne, qui inerte étaient léchée par ses loups, dans l’espoir de la réveiller. Mon servant pleurait sa fiancée, tandis que nous finissions les derniers brigands. Les assassins récupéraient et nettoyaient le corps de leur compagnon quand je m’approchais d’eux, préférant laisser Riotn et à sa tristesse.

« Je me nomme Kelayne… aes Sedai, ambassadrice de Caithe la noble, pour l’Arbre Clair. Qui êtes-vous ? j’avais énoncé cela avec toute la politesse possible, même si j’étais encore sous le choc de la perte de mon amie.
-Voici Madric. C’était un vieil homme qui venait de parler, avec un regard vif. Il n’enlevait pas pour autant son tissu autour de la tête et du visage. Il indiquait de la main une petite Charr qui devait faire ma taille mais qui, le sang plein la gueule et sur les poils, effraierait n’importe qui.Et moi je suis Fair Hail StormHunt, Lieutenant de la Légion d’Obsidienne. Je vous reconnais Kelayne Sedai de l’Arbre Clair, nous nous sommes aperçu au promontoire divin une fois. J’étais pas loin de la Reine, avec mon Cap’taine. On vous doit une fière chandelle, on a été pris de court.

-C’est avec le plus grand plaisir que je vous revois alors monsieur Stormhunt. Je ne pensais pas rencontrer ici quelqu’un, mais alors la Légion en mission… Étonnant.
-Il faut que nous rentrions vite pour faire notre rapport, pourquoi ne pas venir avec nous ? nous sommes bien plus près du promontoire divin, et mon chef m’attend là bas, au quartier général de la Lame qu’il m’a donné rendez-vous ! J’suppose que vous en avez fini ici avec ces branches… il se reprit aussitôt, rougissant malgré sa belle cinquantaine passée... Excusez-moi, ces Sylvari.
-En effet. Laissez moi reconduire mon compagnon, et je vous suivrai. Mon ami rejoindra le camp allié le plus près quant à lui. sans expliquer en détails, je repartais voir mon petit assassin. il s’était allongé à côté de sa compagne, et regardait le ciel, ses yeux vides de tout sentiment.
-Riotn ? il ne répondait pas. Riotn ! Il se leva et regarda autour de lui, puis tout d’un coup son regard se fit très convainquant.
-Kelayne, la corruption ! « 

         Dans les mains du sylvari perforé par mon épée, une toute petite jarre serrée dans son poing était ouverte. Nous vîmes s’échapper une lueur violette, très légère, puis des volutes. Les assassins étaient à vingt mètres, le temps qu’ils se retournent, de multiples cadavres de gardes se levaient, désarticulés. Sur eux, de la groute violette et des plaques commençaient à apparaître. La magie d’Orr ! Je sortais mon revolver aussi rapidement que je le pus, tirant à travers la tête de deux maccabées, qui chutèrent aussitôt pour ne plus se relever. Mais il fallait fuir, car avec cette magie, on ne savait pas quels pouvaient être les résultats d’autres amoncellements de morts. Je courus vers Riotn, le prit par le bras et repartit aussitôt dans le sens inverse, mais les Légionnaires qui combattaient les immortels, avec bien du mal. Le vétéran était blessé, mais il réussit à repousser les guerriers morts, mais la petite Charr n’eut pas cette chance. Lançant mon clone que j’avais matérialisé juste avant, j’essayais de stopper l’attaque de l’ennemi, mais en vain. La petite féline fut massacrée par les épées. Le vieil homme cria et prit la fuite. Nous contournâmes les morts-vivants et prirent la même direction, les combattants de la malédiction ne pouvant pas nous rattraper à cause de leur lent déplacement. Ce fut une petite course qui nous fît finalement nous arrêter au bord d’un fleuve, à l’aurore. Nous étions épuisés, en bordure de la Kryte, et nous décidâmes de courir directement au promontoire faire le rapport de la Légion.

         Le Capitaine de la seconde Division était une sorte de mentor pour moi. Il donnait nombre de bons conseils, écoutait et donnait son avis sur n’importe quel sujet. C’était un homme à la forte carrure, aux cheveux blancs courts coiffés en arrière, avec un collier de poils blancs et une moustache qui descendait, le tout rasé proprement. Un noble s’il en était. Il s’appelait Kyllian Herberon, et tout le monde l’appelait Capitaine ou « le vieux Kyll ». C’était un guerrier dans son temps, mais qui avec l’époque et la situation politique des Charr et des Asura, avait préféré travailler dans l’ombre. Il était entré au service de la Légion bien avant la naissance de mes premiers camarades, bien avant même que les morts commencent à menacer la Tyrie. Il avait plus de quatre vingts étés, et pourtant, je n’aurais pas donné cher du premier à le défier à la lutte. C’était un homme d’honneur pourtant, et c’est peut-être ce qui l’en faisait un vrai légionnaire. J’appris avec lui que ce que je considérais comme une tâche ingrate mais nécessaire était en fait un devoir, et il me l’apprit dès l’instant où je le rencontrais.

         Moi, Fair et Riotn, étions finalement arrivé à la demeure des Lames, et le capitaine nous attendait à une table au fond de la taverne des guerriers saints. Il portait une énorme armure, argentée et noire, avec une grande cape noire qui la recouvrait entièrement. J’étais impressionnée, et mon bizu encore plus. Fair l’avait salué avec un point sur le coeur et un autre dans le dos, j’osais faire pareil, et le capitaine leva un sourcil en ma direction. On lui expliqua rapidement les choses, et il nous fit un sourire qui nous rassura tous. Il était désolé pour Neyl’a, et désolé pour ses deux guerriers de la Légion. Pour ma part je voulais en apprendre plus sur la Légion, et c’était l’occasion de ma vie. Je posais un tas de questions, et il n’en répondit pas à la moitié. Autre chose le préoccupait. L’état du vieux Fair. Blessé par les corrompus, ses jours étaient malheureusement comptés. J’avais fait tout ce que je pouvais pour le sauver, et des gardiens de la Lame avaient essayé différents sorts sur lui mais rien ne pouvait soigner la corruption du Dragon. Herberon essayait de ne pas le montrer, mais il n’avait pas lancé de missions et n’avait pas quitté le chevet de son lieutenant depuis déjà une semaine, depuis notre retour du bosquet funèbre. Ils étaient de vieux amis de ce que j’avais compris, et le vieux soldat avait beaucoup de peine à imaginer vivre sans son compagnon de longue date. Moi, je restais aux côtés du vieux capitaine, remplissant ma tête de tellement d’informations sur la Légion, sur les dates importantes de cet ordre et sur ses différents terrains d’action. Un matin, Fair rendit l’âme, et Kyllian brûla son corps pour éviter au dragon de corrompre son vieil ami, au cas où. Pour ma part, je ne me décidais pas à quitter le capitaine. Caithe attendait surement mon rapport dans un coin de la Tyrie, mais j’avais encore des choses à faire ici, je le sentais. Je fus convoqué le lendemain par le capitaine, dans un bureau que les Lames alouaient d’habitude aux ambassadeurs.

« Jeune fille, je n’ai pas l’habitude de parler à ton espèce. Il y a parfois des Sylvari qui se font recruter dans nos rangs, mais jamais encore on en a eu de volontaire pour rejoindre ma division. J’étais je l’avoue un peu réticent à accepter parmi nous ta race. J’ai peu de confiance en des gens pour qui la corruption n’est rien, on pourrait croire que vous êtes de mèche avec le Dragon d’Orr. il avait dit ça directement, sans prendre de manchettes, sans même penser au fait que je puisse être vexée ou autre. Il était franc, et ça me plaisait. Pourtant, tu respectes l’Humain, et tu as respecté Fair, tu as même aidé mes légionnaires. Pourquoi ?

-Dans le Rêve, j’ai vu des batailles où celui qui gagnait écrasait l’autre, violait sa femme et son enfant. Et j’ai vu ça dans l’oeil de ses hommes il y a quelques jours. Mais pas dans les yeux de Madric ou de Fair Stormhunt. Ils étaient braves. Alors je me devais de les aider.
-Le petit qui est avec toi, se remet-il ? on avait rarement vu Riotn cette semaine, il buvait et essayait d’oublier ses problèmes, comme les humains l’auraient fait. Je devais avoir une discussion avec lui, car il ne filait pas droit, comme aurait dit Malomedies.
-Difficilement, il lui faudra du temps, il n’avait qu’elle. et moi, mais ce n’était pas le même lien entre nous. J’étais comme une grande soeur, elle était sa vie.
-Je comprends cela. J’ai eu une femme à une époque, mais les guerres me l’ont prise. Herberon avait vécu de terribles guerres, y compris les répressions Asura après que les Charr aient cherché à s’installer sur leurs terres, il y a plus de cinquante années. Tu me l’enverras, je peux peut-être le remettre d’aplomb. Mais cessons de parler de cela, et venons à l’essentiel. La Pierre Noire a besoin de toi. Tu es brave, tu combats dans l’ombre comme personne m’a signalé mon vieux Fair, et tu es noble de cœur. La Légion veut des soldats, beaucoup, mais elle a surtout besoin de meneurs, de gens qui encouragent la foule, qui combattent l’ennemi, et dans l’ombre, qui sauvent la Kryte. Ce n’est pas un métier facile, ça ne te donnera pas la gloire, si ce n’est celle de la Légion, dans un millier d’années, comme elle était légendaire, il y a plus de deux cent ans ! Rejoins le Poignard qui est mien et je te promets une vie faite de bonnes actions, une vie à aider, et, bien que dans le sang, une vie pacifique où nul vieillard ne devra mourir devant des morts vivants. un choc. Il m’avait semblé que ma présence lui plaisait pendant son deuil car j’occupais son esprit, mais je n’avais pas pensé qu’il puisse me proposer une place dans cet ordre multi-centenaire aux innombrables secrets…
-Je… ne sais pas. J’ai besoin de l’avis de Caithe !Je vous donnerai rapidement une réponse, je vous le jure. » en même temps, il me fallait à réfléchir au fait que j’allais vouer ma vie à un ordre qui n’avait pas mention dans les bouquins depuis plus de deux siècles, un ordre secret et terriblement attirant…
Le vieux Capitaine me fit signe de la main que je pouvais disposer, son sourire me rassura, et je me dis que j’avais devant moi quelqu’un qui croyait en ce que j’étais, qui me donnait un but, et enfin je trouvais une place à mon existence.

         Peu de temps après, je rejoins la Légion d’Obsidienne, introduite par le Capitaine lui même, qui me prit sous sa tutelle, et bientôt, m’apprit à agir dans l’ombre, à assassiner pour le bien de la Couronne et à espionner même les plus humbles paysans. Il m’apprit la politique, les jeux de pouvoir, favorisant l’utilisation de ma magie plutôt que de mes armes, m’encourageant à apprendre toujours plus, l’histoire, des gens, des groupes, des peuples, des ordres. Je me séparais peu à peu de l’Arbre Clair pour embrasser une cause plus mondiale, l’assurance d’une paix dans les années à venir, contre le sacrifice d’une élite guerrière, la Légion d’Obsidienne.

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