Bonjour et mauvais jours.

Quel est le phénomène qui fait qu’une journée est bonne ou mauvaise ?

Est-ce le réveil tonitruant qui reste dans un coin de la tête pour la première demi-heure après avoir ouvert les yeux? Ou bien la légende du premier pied posé sur le sol ?

Je ne fais pas attention avec quelle jambe je sors du lit en premier, même s’il y a de grandes chances que ce soit toujours le gauche, puisque je dors du côté gauche. Sauf quand je suis avec une fille. Je suis toujours à droite dans ces cas là. Question d’habitude.

Je ne sais pas vraiment de quelle humeur je serai avant mon petit déjeuner. Quand il y en a un. Sinon je sais que je ne serai de toute façon pas souriant le reste de la journée. Le p’tit déj’ a quelque chose de sacré qui me permet de pouvoir sourire aux événements du quotidien. Je me souviens qu’au début de mes études je ne prenais ni café ni jus d’orange. Mes journées étaient bien plus maussades et mes nerfs bien plus fragiles.

Non je prends ce petit déjeuner presque tous les jours, et je réfléchis à ce qu’il va se passer dans la journée. J’anticipe les rencontres, me demandant bien qui je vais croiser et l’entrevue qu’on aura. Je sais déjà que je n’ai pas envie de parler à telle ou telle personne, et il se peut que je me rappelle pourquoi. Ce n’est pas une bonne idée pour rester de bonne humeur. Je me souviens aussi que je peux rencontrer une fille que j’aime bien. Je commence à stresser, mais j’essaie de me rassurer : tout se passera bien avec elle. Je peux aussi faire la rencontre d’une nouvelle fille. Et là je ferai mon possible pour paraître au meilleur de ma forme. Dans ce cas je serai forcément d’humeur joyeuse. Il y a en fait peu de raisons que je sois de mauvaise humeur.

A moins qu’au travail il y ait une Dead Line ou une réunion importante. Ces jours-ci sont généralement source de nerfs à vif et de réponses sèches. J’essaie d’être le plus sociable possible, c’est important. Mais il y a des fois où l’on ne peut s’empêcher d’envoyer paître quelqu’un car il nous est insupportable. Ces jours-ci sont sombres aussi. On s’excuse le lendemain en espérant ne pas avoir commis l’irréparable.

Il y a aussi ces jours où quand on ouvre les yeux, la première chose que l’on aperçoit par la fenêtre -je dors sans volets, c’est généralement une solution pour une bonne journée, le soleil qui traverse la pièce, qui réchauffe, c’est cette pluie torrentielle et ce ciel gris. Ce son de goutte battant la vitre et qui promet d’être mouillé en arrivant au travail. Quelque chose qui nous fait déjà regretter de s’être réveillé. En fait je ne sais pas vraiment pourquoi on essaie quand même de faire de cette journée une agréable aventure alors qu’on sait pertinemment où l’on va. Il fera moche, et le travail sera, de fait, monotone.

Cela me rappelle cette journée qui commençait par un crachat typiquement normand, mais sur la Capitale.

may six

Une journée de plus qui commence et me voilà quelque peu engourdi. J’ai veillé tard et je me lève tôt. Je regarde par la fenêtre et je ne peux m’empêcher de jurer en voyant ce qui m’attend. Au fait j’ai posé le pied gauche en premier ce jour là.

Je prends une douche pour me motiver, comme à mon habitude. Sur la table traîne le reste de la baguette d’hier, ce sera sec mais assez consistant pour accompagner mon café. Les courses ne sont pas faites, mais il me reste une clémentine, disons que ça peut passer comme petit déjeuner.

Il est déjà temps de partir. Mon point fort le matin est que j’ai besoin de peu de temps pour émerger. Je pars donc rapidement et ne perds pas de temps à ne pas savoir quoi faire dans mon petit studio. Je fais ma petite marche rapide, je prends le métro, et là, je gagne une raison de sourire. Car tout autour de moi, des mines mornes à perte de vue. Le métro parisien a ce pouvoir d’absorption de la joie. Quelque chose auquel je ne me ferai jamais. Je me force donc à prendre un large sourire et à donner à mes compagnons de voyage une raison de le faire à leur tour. C’est peut-être idiot, mais je m’y efforce depuis mon arrivée dans la métropole.

Une fois arrivé au travail, trempé, je prends mon second café du matin et salue mes compagnons. Une longue journée commence. Elle n’est ni ennuyeuse, ni particulièrement divertissante. Elle est banale. Je l’avais prévu avec ce temps. La pause du midi est une bénédiction. J’y mange bien, parfois trop. C’est que manger s’avère être très agréable, revigorant même. Savourer une bonne bouchée me procure ce moment de bonheur qui se prolonge jusqu’à la mi-après-midi. Alors seulement je reconnais que j’ai veillé trop tard et que j’aurais besoin de quelques heures de sommeil en plus. Mais on ne se refait pas, alors je me promets d’y remédier, sachant pertinemment que je ne le ferai pas, car j’aime me coucher à des heures pas possibles en faisant des choses complètement inutiles.

Je rentre tard du travail, il ne pleut plus. Retour du métro triste, du métro sinistre. J’en sors et je reçois sur ma tête une pluie me rappelant l’automne normand cher à mon enfance. Paris a décidément beaucoup de points communs avec ma ville d’origine. Je rentre vite et espère passer une bonne soirée. Je n’ai pas de travail qui m’attend et j’ai quelques épisodes de séries américaines à regarder. Je ressens bien à ce moment là que c’est une mauvaise journée. S’agit-il de choix que j’ai fait qui m’ont amené à créer ce schéma répétitif de bons et de mauvais jours, ou simplement la vie qui fait son chemin avec l’aléatoire comme principal outil ?

Ce n’est que très tard dans la soirée que je souris naturellement pour la première fois. Un message de mon ex-femme. « Je ne veux pas t’appeler de peur de déranger. Joyeux anniversaire ! »
Si je m’y attendais. Il est minuit passé, et mon quotidien si peu réjouissant m’avait complètement fait oublier les dates. Une larme monte à l’œil tandis que je la remercie d’un SMS. Est-ce que le lendemain sera une meilleure journée ? Dans le doute, je veille encore cette fois-ci, comme prévu. Quelques films, quelques articles lus, quelques jeux et nous voici à l’aube. Il pleut encore. Mais c’est mon anniversaire. Quelques messages sympathiques sur mon mur social. Serait-ce une bonne journée qui commence ? J’espère au fond de moi. Je n’ai toujours pas trouvé la recette miracle pour changer de pied au réveil.

Florimon