Mille_Mots : Échapée

La colère. Qui monte jusqu’à ce que la personne change radicalement. La crise qui évolue telle un raz de marée, emportant tout sur son passage. Elle découle d’un petit événement, parfois plus grand. Mais elle est là. Les autres regardent cette vague qui devient progressivement gigantesque, et ils ne savent pas s’ils doivent ou non faire quelque chose pour la ralentir. Est-ce seulement possible ? Ils n’essaieront de toute façon pas. Ils sont trop effrayés. Adam ne l’est pas lui. Il a vu trop de choses.
Il est flic vous savez. Simple flic, dans la mobile de Los Angeles. C’est pas un super-flic, juste un flic qui fait son job. Quand il rentre chez lui, personne ne dit de lui que c’est un héros. Mais la ville le paye pour qu’il fasse semblant de l’être. Alors il se lève tous les jours pour accomplir sa besogne. Et parfois, elle est bien sale. Genre dégueulasse. Le genre de travail que tu répugnerais à faire. Mais qui doit être fait. Adam est de ces gens qui ne rechignent pas devant une tâche difficile ou dévalorisante. Par éducation peut-être. Ou alors car il est profondément amoral.
Qui pourrait lui en vouloir ? Treize ans qu’il est rentré dans la police californienne. Il a vu des actes héroïques, peu, mais il y en a eu. Et puis il a vu beaucoup de merdes. Le genre de trucs que tu racontes à personne, sauf peut-être au bar du coin où vont tous ses collègues. Enfin « tous ». Les moins fragiles. Parce qu’il en faut de la hargne pour garder les yeux ouverts dans ce monde de la nuit. Adam est comme un poisson dans l’eau entouré de ces requins. Et ils forment une famille dont personne ne voudrait avoir le moindre lien avec. Ils sont ce qui se fait de pire dans la ville des anges, mais ils sont un maillon de la chaîne qu’on ne peut pas retirer. Le cancer de la gangrène. Et ça, Adam en a conscience depuis qu’il l’a rencontrée.
Il y a des soirs où les patrouilles sont monotones, on y trouve rien d’intéressant et il ne s’y passe pas grand chose. C’était ce genre de soirée que passait Adam et son collègue, Rick. Ils avaient remonté Vestlake Avenue, en direction de la 3ème, et s’étaient arrêtés au MacBeth, manger un bout et occuper le temps qui restait, plusieurs heures à vrai dire.
Adam et Rick ne parlaient plus depuis un bon moment. Pas ce soir là, mais tous les soirs de l’année. Ça faisait des années qu’ils faisaient équipe, mais ils ne se faisaient plus confiance. Pour être précis, ils ne restaient coéquipiers que par peur de l’autre. Ils avaient vu trop de choses, ils avaient une crainte significative de ce que l’autre pourrait dire à certaines personnes. Alors comme un cercle fermé et éternel, ils restaient frères d’armes, faute de mieux. Ce soir là, même le café avait un goût à tout recracher. C’était d’ailleurs ce que s’apprêtait à faire Adam, lorsque la radio sortit ses sons caractéristiques qui firent poser leurs donuts aux deux policiers. Une minute plus tard et ils répondaient à l’appel du central. On avait besoin d’eux vers le Beverly Boulevard. Un vol qui tournait mal dans un petit market. Ils étaient pas loin, ils partirent au quart de tour. Ils ne mettaient jamais le gyrophare. On ne savait pas quand ça pouvait déraper. Pas avec leur petit groupe de flic à la morale douteuse.
On pouvait s’y attendre, il s’agissait d’un gamin. A peine 20 ans et déjà sur d’être un bonhomme qui roule sa bille et qui fait sa vie. Adam en avait rencontré des tonnes durant sa carrière. Il savait comment les dresser. Celui la ne ferait pas exception. Ils rentrèrent dans la boutique. Le gosse les pointa aussitôt avec un glock-18. On se demandait bien pourquoi les USA continuaient de vendre des armes à d’autres pays quand ce flingue faisait autant de ravages à l’intérieur des terres. Autant revendre ceux-là. A moins que l’Amérique propose elle-même à ses concitoyens cette arme. Rick essaya de calmer les choses, Adam était pas vraiment d’humeur. Son collègue tentait de lui dire que tout allait bien se passer, tout en passant une main dans son dos pour sortir son arme. Le grand brun qu’était Adam avait encore moins de principes. Il regarda derrière lui et vit qu’il n’y avait personne devant le magasin. Il se retourna et tira sur le gosse. Une balle dans l’épaule, de sorte qu’il ne puisse plus rien faire avec son flingue. A terre, Adam préféra être sur et assomma le gamin d’un coup de talon. Le gérant de la boutique les remerciait qu’il n’avait pas encore essuyé sa chaussure tâchée de rouge. le marchand appela lui-même les urgences, ne préférant pas porter plainte. Adam le trouva débile mais ne préféra pas le dire. Il ne voulait même pas embarquer le blessé. Ça ne servait à rien de coffrer un gosse 24 heures, ils recommençaient toujours. Alors il fit ce qu’il faisait toujours. Il chargea un paquet de bières comme récompenses et salua le proprio d’un vague signe de main avant de sortir et de se poser sur un banc avec Rick. Et ils burent à la connerie des enfants de nos jours. Ils étaient bien différents selon lui à son époque.
Et c’est là qu’elle passa devant lui. L’air d’abord ailleurs. Elle était habillée comme une putain qui vient de faire son affaire. Plutôt jolie en fait, si l’on oubliait l’œil au beurre noir et le maquillage qui avait coulé. Adam se foutait bien quelle en était la raison, sa mère avait exercé et elle revenait elle aussi avec ce genre de masque. Elle devait alors le nettoyer pendant de longues minutes, et il était alors l’heure de lever Adam et son frère pour les amener à l’école. Il ne pensait pas s’en rappeler aussi bien.
Rick lui manqua de respect, il se prit une gifle de l’intéressée. Alors que celui-ci se levait pour calmer les ardeurs de la blonde, le boutiquier sortit de son Market, affolé.

« Il est mort… vous l’avez tué !« 

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