Relations épistolaires #1

Lettres du chevalier Dragon à sa chère Reine, 35ème jour d’été
Ma mie,
Je vous ai écrit comme promis, et je le ferai chaque jour qui me sépare de votre retour. Voici les nouvelles du plat pays. Hier, j’ai du laisser bien malgré moi mon donjon au profit de mon neveu, le Duc d’Essone. Il m’insupporte de devoir lui céder pour quelques jours, et devoir me rabaisser à laisser ma demeure à pareil énergumène me donne l’envie de partir loin tant qu’il est là. (Vous me disiez un jour que laisser une personne chez vous ne vous disait rien, imaginez mon désarroi !)
Heureusement, mon paternel m’a laissé son manoir pour la durée de son voyage, et je jouis d’une grande propriété. Vous aimeriez surement ses salles d’eau (je vous imagine déjà les visiter vêtue simplement de souliers) et son grand lit dans la chambre parentale. J’ose imaginer vous y emmener, et dans mes rêves les plus cachés, vous y défleurer, tant ma passion pour vous est grande. J’ai néanmoins peur que cette demeure soit trop modeste pour vous. Vous méritez mille drapés et bien plus encore de fleurs. Je travaille pourtant à votre venue, afin que vous sortiez de votre dure monotonie, et que vous profitiez de mon humble présence.
Ce jour, j’ai pratiqué la marche avec ma jeune sœur. Nous avons longé la côte et parlé de ce qu’elle aimait. Bien que jeune, elle commence à avoir des sujets de conversation intéressants et divertissants. Je lui confiais au détour d’un rire que je souhaitais trouver un moyen de vous extirper à votre condition dans la grande ville, pour vous ramener dans ma demeure. Je lui décrivais alors avec quel ardent désir j’attendais que l’on se retrouve vous et moi. Bien qu’amusée, elle me souhaita bon courage. Il me tarde que vous la rencontriez.
Vous me disiez dans votre dernière missive être bien arrivée. Je regrette que vous soyez si loin. Comme toujours mes pensées s’acheminent vers vous. J’ose espérer que ma lettre n’est pas trop ennuyante, et vous promets de vous écrire demain sans faute.
Votre dévoué serviteur, Florimon, le chevalier Dragon.

Mille_Mots : Appartenance

Des mois se sont écoulés. Adam est toujours flic, il fait toujours équipe avec Rick. Il traîne toujours dans des bars, toujours les même, puant et rassemblant la pire engeance de la ville. Les flics pourris et leurs sales histoires. L’affaire du gamin mort avait été vite réglée. Ils avaient payé le bonhomme du magasin, avaient pris le corps et l’avaient emmené chez Grayson & Partners, un crématorium qui travaillait essentiellement pour la police. Il savait à quoi s’attendre, les avait couvert de nombreuses fois. Adam était persuadé que l’homme à la moustache, le fils du regretté Grayson, lui, n’avait pas la conscience tranquille. Mais c’était une affaire qui lui rapportait de quoi finir largement bien ses fins de mois. Alors il fermait les yeux sur sa main qui devenait de plus en plus noire à force d’aider les pourris à faire disparaître des preuves. Et cette fois-ci encore, il avait joué leur jeu.
Ils étaient ensuite retournés sur le lieu du crime, histoire de vérifier que tous liens avec eux avait disparu. Mais il restait la fille. Sur le moment il s’en était fallu de peu qu’elle se prenne une balle du partenaire d’Adam, mais le blond s’était retenu pour filer dans la boutique vérifier ce que disait le vieux. C’était à ce moment là qu’elle avait parlé pour la première fois à Adam, lui qui avait pris un sacré paquet de stress d’un coup avec cette histoire. Son doigt, sa gâchette, son flingue, sa balle.
Elle était jolie, il n’avait donc pas envie de lui en mettre une. Mais il fallait qu’elle parte. Alors il lui avait dit de dégager, pointant son arme sur elle. Il ne l’avait pas revue avant des semaines, et après avoir cherché pendant des jours et des jours dans ce quartier, puis dans toute la ville. Elle l’obsédait. Il voulait la revoir, vérifier qu’elle allait bien. Il avait pensé que c’était avant tout pour s’assurer qu’elle ne dirait rien. Mais même Rick semblait ne pas croire à cette théorie.
Et puis un soir, elle était réapparue dans la vie de tous. Adam n’avait rien expliqué, préférant laisser chacun à ses spéculations et ne pas laisser rentrer les autres dans sa vie privée. Quelque chose qu’il s’empêchait d’habitude de faire. Plus ses collègues savaient de choses sur lui, moins on se demandait s’il allait les trahir. Et c’était vrai pour chacun d’entre eux. Certains d’ailleurs voyaient d’un mauvais œil que le flic fréquente une prostituée. Mais le grand brun se fichait comme de l’an 40 de ce qu’ils pensaient de lui. Il était fasciné par cette fille, par son attitude, son tempérament, par ses mimiques et par sa voix chevrotante qui lui donnait envie de la serrer contre lui et de la protéger contre tout le monde.
Il l’emmenait même à leurs soirées. Dans ces boîtes de nuits pour jeunes huppés qu’ils fréquentaient parfois pour se changer les idées. Elle était toujours exceptionnelle. Jeune et jolie, sexy à se damner et avec la répartie qu’il fallait pour faire comprendre à ses collègues qu’elle était prise et pas par n’importe qui.
Lors de ces nuits, il arrivait que Rick soit trop amoché pour contrôler ce qu’il disait. Avec toutes les drogues qu’il prenait, même les autres policiers commençaient à se demander s’il avait encore sa place dans l’équipe. Adam, lui, savait que non. Mais ces soirs là, Rick dépassait les bornes. Alors qu’Eve, c’était le nom de la fille, revenait des toilettes pour se remaquiller, il la regardait venir de loin et jouait du coude pour annoncer à ses collègues qu’il allait blaguer. Il demandait alors à la jeune femme de danser. Elle le regardait de haut et lui répondait d’un doigt d’honneur pour lui faire comprendre que c’était non. Mais il insistait. « Danse pour moi, allez ! » « Remues toi devant nous, montre nous comment tu fais ton travail putain !« 
D’habitude, Adam ne réagissait pas. Mais parfois, il se laissait aller à la plaisanterie. Il demandait alors à Eve : « Et pour moi ? » Un doute passait furtivement dans les yeux de la jeune femme. Mais elle n’hésitait pas longtemps. Elle mettait toujours ses mains sur les hanches et répondait : « Faudra me payer ! » Alors Adam sortait de sa poche un gros billet et lui mettait dans le décolleté. Il prenait alors un large sourire et lui disait « Maintenant danse. » Alors elle se mettait à danser. Pour elle, ce n’était pas faire son job de prostituée. Non. C’était juste un rappel d’Adam pour elle. Elle lui appartenait, il lui avait dit. Elle bougeait alors de tout son corps, son ventre nu ondulant tandis que les autres gars se rinçaient l’œil. Mais elle n’en fixait qu’un seul. Leurs regards étaient comme mélangés et ils savaient ce que pensait l’autre. Il n’aurait pas osé détourner le regard, encore moins en voir une autre. Si elle était sienne, c’était seulement car il était sien. Elle le possédait et il n’était plus le flic libre et sans scrupules. Il appartenait à cette femme sortie de nulle part. Alors elle se permettait de danser pour lui, car elle savait l’effet que ça lui faisait à lui. Elle savait qu’avant minuit il la plaquerait contre un mur et la prendrait sauvagement, que leurs langues se mêleraient et qu’ils jouiraient plusieurs fois avant le matin.
C’était le couple qu’ils avaient créé, après cette rencontre dans cette petite rue. Ils étaient tombés amoureux, aussi impossible que cela ait pu être. Et malgré les jalousies et les emmerdes de flic et de pute qu’ils avaient tous les deux, ils ne semblaient pas vouloir se quitter plus d’une minute.