Le ressentiment

J’ai toujours été engagé à tout dire, tout ressentir.
« Je ne comprends pas cette époque. » Une phrase que l’on entend tous les jours, pour n’importe quel sujet.
C’est une vérité de tous les jours. Aucune compréhension n’est possible, ce serait se mentir que de croire que des binoclards en costard cravate sur des plateaux TV comprennent quoi que ce soit à cette époque en plein mouvement. Les rapports sociaux n’ont jamais été aussi complexes, et tendent à le devenir bien plus encore. Les comportements évoluent, les gens changent, le monde change.

Ce que tu croyais acquis dans des bouquins de socio pendant ton bac n’est qu’un ramassis de conneries. Ce que tes parents t’ont appris, ce que tu as lu et compris, dans la fiction, dans tes romans, à la TV. Tout ça, tu peux gentiment te le ranger dans un endroit bien sombre, il y a peu de chances que ça te soit un jour utile. Et on aura beau tout faire pour donner à nos enfants ce qu’on pense être la meilleure éducation, on se rendra bien vite compte que la meilleure, c’est celle de la vie. C’est celle qui t’écrase plus bas que terre et qui t’apprend dans la douleur. C’est celle qui te fait chialer et crier à l’injustice, qui te fait trembler de terreur à l’idée d’être seul(e).

Est-ce que pourtant tu voudras retenir cette partie de la leçon ? Celle qui te fait comprendre que tu seras pas toujours heureux(se) ? Non tu ne voudras pas apprendre de tes erreurs, parce que ça veut dire abandonner devant la vie. Ça te ferait avouer que tu peux être triste, que la vie a prévu des moments où tu le serais. Et tu ne peux pas croire que tu sois né dans ce destin. Non tu veux continuer à croire. En l’amour, en l’amitié, en un avenir meilleur. Tu veux croire que les plus belles années sont devant toi, que c’est un cycle vertueux et que tu seras toujours plus heureux.
Tu te voiles la face, tu le sais ça ?

Non cette époque te pousse à haïr ton prochain, à détester les gens et à te renfermer sur toi-même. Parce que notre société a inventé des moyens de te confiner chez toi et te faire croire que tu ne l’es pas. Notre époque est pleine de fausses vérités. Et quand tu lis que les gens veulent être heureux, qu’ils ont besoin d’être entourés, qu’ils se sentiront rassurés, tu peux jeter ce torchon et commencer par expérimenter la vie. Tu découvriras que tu peux tout offrir à quelqu’un, qu’elle ne t’acceptera pas pour ce que tu es. Elle prendra ce qu’elle veut chez toi, et peut-être essaiera-t-elle de ne pas trop te blesser en te jetant après. La déception fera de toi quelqu’un d’amère. N’abandonne pas. Notre monde est plein d’histoires tristes. Mais dis toi que certains ne le sont pas. Certains se lèvent en compagnie de celui ou celle qu’ils aiment. Et certains sourient à la vie. Toi non, pas tout de suite. Toi tu es stupidement blessé parce que tu as eu l’audace et la connerie de croire que tu pouvais être heureux quand tu le décidais. Mais cela viendra. Tu ne t’y attendras pas, et quelqu’un décidera un jour de te rendre ce que tu veux lui donner. Au centuple. Et cette personne saisira tout ce qui fait ta personne. Et contrairement à tous les autres, elle saura que si elle te blesse elle perd quelqu’un de grand. Car tu seras toujours le gagnant. Dans les larmes, dans ton grand lit froid, tu seras toujours celui qui n’a pas perdu. Tu ne t’en apercevras pas, tu ne voudras pas y croire, mais tu auras gagné.

Alors pleure. Car t’as décidé d’écouter ton cœur et pas ton entre-jambe. Parce que t’as été quelqu’un de vrai qui a donné sans compter.
Ne t’excuse pas. Tu n’as rien à te reprocher. Tu as gagné.
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L’engagement

Ça faisait un moment que je n’avais pas écrit.

D’abord parce que j’avais rien à dire de concret, et je rabâchais pas mal les même trucs tristes. Être heureux ne me fait pas plus écrire cela dit, mais le fait est que j’étais chiant.
Ensuite je n’écrivais pas car je n’en avais pas l’envie, ni le besoin. Et puis je suis allé mieux, j’ai rouvert les yeux, et puis fatalement, je les ai posés sur quelqu’un. Et là y’a une question qui peut se poser. Je ne l’ai jamais fait moi, mais certains, certaines, le font. »Suis-je prêt ? »
« Ça fait un moment que je suis célibataire, est-ce que j’ai envie de m’engager ? La vie est belle, les oiseaux chantent, vais-je me coltiner une moitié ? Une moitié de plus, de trop ? »
« J’ai été en couple pendant des années, j’avais tout avec l’autre, tout fait, dit, donné. Veux-je vraiment tout recommencer ? Y a-t-il seulement une raison qui me pousse à m’engager plutôt qu’à simplement me taper des filles ou des mecs à la suite jusqu’à ce que, un jour, j’en aie marre, et là, je m’engagerai. Car je serai prêt(e). »

L’engagement, ce petit bout de papier sur lequel certains ont l’impression de signer du cachet sanglant de leur vie.

Qu’est-ce que c’est au final que de commencer une relation ? Signer un contrat de mariage, avec les différentes conditions sine qua non ? Est-ce que c’est se promettre fidélité et respect de l’autre, de sa vie passée et intime, « alors que bon, tu sortais quand même avec un sacré connard ? »  Est-ce que le mot galvaudé « engagement » ne serait pas un terme si ancien qu’il désignait un mariage forcé entre une jeune femme et un vieux briscard trois siècles auparavant ?

Si on devait le remettre au goût du jour, je dirais que l’engagement, c’est le fait de croire en quelque chose. Pas d’espérer, pas de vouloir (encore que…) mais de croire. De se dire, « je tente le coup, pourquoi pas ?! » Après tout, pourquoi se contenter de rien ?
Je suis de ceux qui ne veulent pas s’engager, car je suis de ceux qui s’engagent. Dès le premier baiser. Et comme une promesse à l’autre, je m’engage à croire en ce quelque chose entre nous.
S’engager, ce n’est ni plus ni moins que d’avoir les couilles de croire pour deux. De tenter le diable et de se sacrifier quand il le faudra. Car si les deux ne font pas l’effort de croire, tu peux être sur que l’engagé dégagera.

C’est un cercle sans fin où je suis enterré.
Je m’engagerai toujours. Je ferai toujours les choses sérieusement. Parce que je veux être heureux, parce que je veux y croire dans ce bonheur que je ressens à l’instant T avec cette personne. Parce que j’aimerais que ça dure. Et tout ceux qui font cet engagement savent. Tu fais tout pour marquer la personne, car tu sais que tu vas la perdre. Tu sais déjà qu’il y a un putain de compteur au dessus de sa tête, avec une putain d’aiguille qui tourne jusqu’à l’heure fatidique où elle en aura marre de toi, où elle voudra autre chose, voire pire, où elle voudra s’engager.