Kelayne #4

         « Quoi ?! Tu voudrais le remplacer ? J’avais crié un peu fort dans la cantina au QG de la Division. Qui avait encore changé de place quelques semaines avant. En tant que section d’espionnage et d’assassinat, la division ne pouvait se permettre de rester toujours au même endroit, rien que pour les messages qu’elle envoyait et recevait. Ainsi, tous les trois mois, l’unité entière changeait de lieu, parfois perdus en forêt, d’autres fois en pleine Citadelle. Ce n’était pas difficile de s’acclimater, les assassins n’étaient pas attachés matériellement à leur QG, et n’y étaient pas souvent pour cause de mission. J’y étais moi, très souvent, ainsi que mon nouveau lieutenant depuis quatre ans, Queh, qui avait pris la place de Fair à sa mort.
-Non… Je n’y pense pas bien sûr, mais il lui faudra bien un nouveau capitaine à un moment à cette division ! J’étais passé Sergent il y a de cela deux ans, mes années d’entrainement et le favoritisme de notre chef me facilitant l’évolution du grade. Queh était mon ami, nos multiples missions ensemble m’avaient appris à l’apprécier et à le respecter. C’était un humain, très pâle de peau, les cheveux grisés et très courts, la quarantaine passée. Il était fin et très agile, dans la force de l’age, il était devenu un membre très connu de la Légion grâce à d’innombrables batailles gagnées avec son art martial armé de dagues. Même au sein de notre Maison, certains novices le craignaient. Pour ma part il m’avait sauvé pas mal de fois et je devais avouer qu’il m’impressionnait.
-Nous attendrons jusqu’au dernier moment, personne ne remplacera Kyllian Herberon de son vivant ! J’étais bien sûr contre le remplacement de mon père spirituel, comme disaient les religieux humains. La fille de l’Arbre Clair que j’étais avait grâce à lui appris tellement de choses ! Caithe, que je croisais parfois à la capitale, ne cessait de me dire qu’elle était fière de ma place, tout en précisant qu’elle avait peur que je perde mon empathie. D’un certains côté elle n’avait pas tort…
-Très bien, n’en parlons plus, mais tout ça m’inquiète au plus haut point… Herberon était mourant, voila ce qu’il se passait. Dans une époque où la durée de vie dépassait rarement soixante ans, le vieux s’était permis de vivre plus de quatre vingt cinq ans, et il le payait maintenant.

         Empli de tristesse à la mort du vieux Fair, il avait personnellement commencé mon éducation avec quelques éléments prometteurs, dans le but d’occuper son esprit meurtri par la perte d’un vieux compagnon et par la conjoncture de cette époque. En effet on demandait l’aide de la Légion un peu partout en Kryte, depuis que les lames s’étaient autorisé à leur redonner pleinement du travail, la division II coulait sous les demandes d’assassinat, d’espionnage et d’investigation, à tel point que je ne vis pas mon mentor pendant ma deuxième année en tant que légionnaire. À mon retour, Kyllian s’était refermé sur lui-même, et je me devais de lui changer les idées. Queh et moi on se succédait dans notre quête pour réveiller notre capitaine, qui peu à peu nous donna moins de missions, moins d’importance dans l’histoire du monde. On attribuait cela autant à sa tristesse et sa nostalgie d’une époque un peu moins dangereuse qu’à son age. Le vieux Osgeir, notre chef à tous, lui rendait parfois visite, et il ne ressortait que longtemps après, et à chaque fois Herberon semblait plus tranquille, plus reposé. Pourtant, moi et Queh continuions de le nourrir chaque jour, et en seulement trois ans, la division n’était plus gérée que par Queh, bien malgré lui, il n’avait jamais rêvé d’avoir ce pouvoir. Il n’en avait pas rêvé, et pourtant il le possédait. Mais ne voulait pas l’utiliser. Tous les deux nous espérions encore que le capitaine se remette, et nous lance dans un combat contre les Blancs Manteaux ou qu’il nous ordonne d’aller éliminer la Cour des Cauchemars avec tous nos assassins. Mais bon, il restait devant sa fenêtre et cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas revêtu son armure. pour ma part je gérais les nouvelles recrues et autres petits soldats. Ce n’était pas ma passion moi non plus, je ne participais plus tellement au terrain, et pire encore, je n’avais pas non plus les responsabilités qui avaient de l’importance. Bureaucrate dans une guilde d’assassins. Même en étant une Sylvari, je percevais de l’ironie dans cette situation. Toute la division appréciait son capitaine, mais depuis quelques temps, les guerriers venaient nous demander des conseils et des ordres de mission, des autorisations, comme si nous avions le commandement de la section assassinat entre nos mains. Rien ne bougeait. Nous faisions pourtant ce que nous pouvions pour nous occuper, mais Kyllian refusait la moitié du temps de nous laisser partir en mission, prétextant qu’il fallait tous rester unifiés au QG. Un jour, notre capitaine commandant vint tenir un discours après une entrevue avec Herberon.

         « Je sens un ennui profond en vous, légionnaires ! Il n’était plus le grand norn qu’il avait été, mais restait une entité et une légende, et ses mots résonnaient dans la salle commune. Il vous faut vous remotiver, pour notre cause juste, il vous faut vous lever et enfoncer vos dagues dans les gorges ennemies ! Vous vous êtes trop reposé, les missions n’attendent pas que vos miches soient convaincues que c’est pour une bonne cause ! Moi et Queh étions juste derrière lui, et nous avions le sentiment qu’il nous parlait autant à nous qu’aux autres, voire plus. Il est temps de redonner vie à cette division, courrez me ramener des informations, pour qu’ensemble nous luttions pour la Kryte entière ! » Queh et moi nous regardâmes, il nous fallait agir.

         Le lendemain, Queh envoya des missionnaires, des assassins et des chercheurs en mission. Il avaient enfin décidé de prendre des responsabilités, mais je ne pouvais lui rejeter la faute, j’avais moi aussi attendu trop longtemps dans l’espoir d’un rétablissement du capitaine. J’allai rendre visite à mon mentor, qui, tourné vers la fenêtre, ne semblait pas avoir touché à son repas encore.
« Cap’taine, il faut vous nourrir si vous voulez assez de force pour nous botter les fesses. Voyez que le vieux Osgeir lui même était là il y a quelques heures. je lui racontai en détails, et un éclat de rire sortit de ses lèvres. Allons donc, il en avait encore la force ce bougre. Cela me réchauffait le cœur. Son corps ne suivait plus par contre. Paralysie du pied, puis d’une main, il avait du mal à se mouvoir.
-Ce vieil homme m’aura tout fait. Je me souviens encore de l’époque où, entre norn, nous allions combattre les Charr et les fils de Svanir ! Même les gamins étaient là, Sorcha, Njörd, et dire qu’il est devenu capitaine ! il parlait d’une époque bien lointaine, même Queh ne l’avait pas connu, et les Premiers-Nés de ma race rêvaient encore à cette époque. Que nous est-il arrivée, fillette ? je ne voyais pas quoi répondre. Une banalité suffirait, le capitaine avait un franc-parler, et j’aimais ça.
-Vous avez vieilli. il sourit et me regarda quelques secondes.
-Toi aussi. Pourquoi n’as-tu donc pas encore pris de mari ? encore cette rengaine ! Ce vieillard n’avait que ça à la bouche !
-Mais parce que je n’ai pas le temps. si je l’avais.
-Tu l’as. Maintenant vas t’occuper de Queh, il se sent seul sinon. » je quittai son bureau triste. Il avait été tellement pour nous. Mon lieutenant m’attendait devant la chambre. Je lui souris et partis de mon côté, je ne supportais pas de parler d’Herberon dans cet état.

         Un soir où je classais les fiches des nouvelles recrues, un soldat passa la porte de mon bureau et me demanda de me rendre à la taverne, où tout le quart de service se reposait et buvait un coup. Nous étions très proches de nos assassins. Queh et moi avions gagné leur respect, et puisque nous étions les préférés du capitaine, ce respect était double. Queh était déjà bien plein, et je ne connaissais pas les effets de l’alcool sur la sève. Au bout de quelques verres je compris. Ça n’avait pas le même effet que sur les humains, mais ça inhibait néanmoins. Queh me défia, à la chaise d’à côté.
« Alors dis moi Kel’, tu veux ma place avoues ! Lieutenant ça te dit bien ?
-Je ne souhaite pas votre grade Lieutenant, gardez-le pour vous ! j’avais dit ça honnêtement, mais j’avais envie de le taquiner. Et puis il est bien trop petit, comme vous !
-Quoi, moi petit ? Il s’était levé, un grand sourire provocateur à la bouche. Ose répéter gamine !
-Mais très bien, petit monsieur ! J’étais levée aussi, et il essaya de m’attraper. Mais je me défis de sa poigne et courus. Au bout de quelques minutes, épuisés, je décidai de partir dans les couloirs pour le semer. Arrivée à mon bureau, je m’endormis tout simplement sur mes feuilles de recrues, où un nom m’avait semblé tout à l’heure intéressant, Stark, Kessie.
Au réveil je décidais de ne plus jamais boire, un mal de tête horrible dominant mon crâne.

         C’est cette même journée que je fus interrompue dans mes papiers par un soldat qui faisait du grabuge à la porte. En lui ouvrant il me demanda de me dépêcher d’aller à la salle commune. En arrivant au niveau de celle-ci, salle rectangulaire avec un étage à balcon et les bureaux tout autour, je vis en bas Queh tenir un discours à toute la Division. Il avait des larmes aux yeux.
« … Et souvenez vous pour toujours de Kyllian Herberon, bon capitaine, grand guerrier norn, qui combattit les Blancs Manteaux plus de fois qu’on ne le fera jamais, pour la gloire de la Légion d’Obsidienne et pour toute la Kryte ! » J’écarquillais les yeux. Quoi ? Quoi ?! Quoi !
         Il ne pouvait pas déjà être mort ! Je me souvenais encore la conversation que l’on avait tenu deux jours plus tôt.

         « Kelayne, que disent les gens? il regardait la pluie s’abattre sur la grande fenêtre de sa chambre. La maladie avait empiré, et il ne pouvait plus bouger ses bras. Je devais le nourrir continuellement de soupe et lui faire boire beaucoup d’eau.
-Les hommes disent des bonnes choses. Que quelque part en Tyrie des héros humains ont repoussé les Blancs Manteaux, et que les Asura ont trouvé quelque chose pour combattre l’engeance du Dragon. j’enjolivais un peu. Il y avait eu des Blancs Manteaux, mais il y avait eu un arrêt des combats car les deux camps perdaient trop de soldats. Et les Asura trouvaient tout le temps de nouvelles sciences, mais aucune ne semblaient marcher sur les morts-vivants.
-Bien bien. Dis moi petite, il me regarde enfin, voila longtemps qu’il n’a pas eu un regard vivant, en plus dans ma direction, veux-tu que je meure plus vite pour que tu montes d’un grade ?Encore cette question. Ils ne comprennent rien.
-Je ne veux pas du rang de Queh, c’est un bon ami et un bon lieutenant. Je ne veux que le bien de la Légion.
-Mais la Légion ne mérite pas qu’on sacrifie toute sa vie pour elle. il me choque avec ses termes.
-Au contraire, je pense qu’elle est bien au dessus de la vie humaine, et que sa cause est bonne pour tous les êtres vivants. Il faut qu’elle perdure. je m’étais peu à peu intégré ça en tête en la découvrant.
-Si tu le dis. Reste toi-même gamine, n’essaie pas d’être plus grande que tu ne peux l’être. Pour ça, il y a les Norn. Au fait, qu’est devenu l’ami qui était avec toi quand on s’est rencontré ? il parlait de Riotn. Je ne l’avais pas vu depuis deux bonnes années. Il n’était resté à la Légion qu’un mois, ne supportant pas le poids de la perte de la petite Neyl’a.
-Aux dernières nouvelles il va bien, prend du repos en forêt… en fait, Caithe m’avait avertie qu’elle avait peur pour lui, il passait beaucoup de temps dans les bois sombres, ne revenant que rarement au Bosquet…
-Bien bien… Tu aurais du le marier, c’était une belle plante.
-Je ne suis pas… sa « mère ». Ce concept n’existait pas chez nous. L’être qui s’en rapprochait le plus était l’Arbre Clair, mais c’était plus une déité qu’un parent.
-Trouve toi donc un mari avant de faire des chiards.
-Oui Kyllian, j’essaie… je ne trouvais plus quoi dire après toutes ces années. Il voulait me caser avec n’importe quel bel homme qui était passé dans nos rangs. Pourtant trouver homme voulait dire quitter la Légion pour former une famille. Et ça jamais de la vie. A ce moment là, quelqu’un frappe à la porte.
-Monsieur, madame, un soldat souhaite parler au capitaine.
-J’arrive ! je souris à mon mentor et trouvai devant la chambre une gigantesque norn. Je la reconnus aussitôt, elle était très connue au sein de la Légion. C’était Sorcha Rottekjave, un soldat qui n’avait jamais passé un grade malgré trente ans de carrière. J’étais intriguée par cette femme qui n’avait jamais cherché à évoluer. C’était contre-productif pour moi, et il me fallait un jour avoir une conversation avec elle. Je lui fis signe d’entrer, et lui demandai de bien vouloir faire avaler son repas à notre chef. Elle inclina la tête et disparut dans la chambre. J’entendis le rire de notre capitaine et cela me ramena au présent.

         J’avais mis du temps, beaucoup de temps. Plus de trois ans à préparer ce qui sauverait surement la Légion. L’inactivité de la Pierre Noire m’attristait depuis trop d’années, et je me sentais enfin bien. Bien sur ça n’avait pas été facile de tuer le capitaine. Je l’avais empoisonné, repas après repas, pendant trois longues années durant lesquelles j’avais pris soin de glisser de la poudre d’une plante trouvable uniquement au fond du marais du Béhémoth, cette créature qui apparaissait parfois pour effrayer les voyageurs. Légende ou pas, je ne l’avais jamais vu lui, mais j’avais trouvé cette plante, qui, avec le contact de la corruption, s’était vue devenir mortelle. J’avais décidé de ne pas le faire souffrir, et de l’affaiblir lentement. Bien sûr je n’avais pas prévu que ça dure aussi longtemps, et je ne m’attendais plus à le voir mourir maintenant, comme si le poison avait été absorbé par son corps. Pourtant, il était mort. J’avais œuvré pour la Légion, et uniquement pour elle. Se sacrifier pour la juste cause. Herberon à la fin était devenu trop mou, trop attaché à ses amis, ses soldats, il ne voulait plus les perdre, et ne les envoyait donc plus combattre. Je ne comprenais pas cet état d’esprit. La Légion était une cause qui méritait toutes les morts pour arriver à pacifier le monde. Elle était devenue toute petite, et semblait revivre. Il fallait que je sois actrice majeure de cette renaissance.
         Mais il me fallait aussi accuser quelqu’un. Je n’avais pas envie qu’on me découvre, encore moins qu’on prenne ma place. Je voulais pouvoir agir comme je le désirais, et que la Division II retrouve son éclat d’avant. Il me fallait donc un bouc-émissaire, et bien que ça me brise le cœur, je devais aussi me débarrasser de Queh. C’est moi-même qui avait proposé de servir les repas un jour sur deux. Ça diminuerait le poison, le faisant passer pour un aspect de la vieillesse, et ça me donnerait l’occasion d’accuser une autre personne. Queh était mon ami, mais c’était aussi la cible idéale. Et il venait d’entrer à ma suite dans la chambre. Il avec les yeux humides, et je fis une moue triste.

« On va s’en sortir Kel’… il s’approcha de moi, levant la main pour la poser sur mon épaule et me réconforter.
« Oui, on va s’en sortir, pour la Légion… cette illusion l’enlaça, tandis que je saisissais sa bouche et que je coupais net sa langue. Il remua, écarquilla les yeux, cracha du sang et essaya de s’enfuir. Je le laissais faire. Arrivé sur le pas de la porte, moi derrière avec mon épée sortie, je criais : « AU TRAÎTRE ! » et je frappais de mon pied son dos, il fut propulsé contre la rambarde du balcon, je lui saisis le col et le jette dans le vide, au dessus de la salle commune. Tandis qu’il tombe, mon revolver est sorti, et pointé vers sa tête. Je tire et transperce son front, la balle se coinçant dans son cerveau mort. Je saute à sa suite et prends la parole, tandis que tous mes hommes sont alertes, dans toute la salle.
« Le lieutenant nous a trahi ! Il a empoisonné notre bon Capitaine ! c’était simple. Je n’avais plus qu’à l’accuser d’avoir voulu du grade, il avait déjà parlé de le remplacer, et avait même donné des ordres à sa place. Il a préparé tout cela pendant des années, l’empoisonnant alors que nous essayions de le guérir ! Ce traître à sa race et à sa nation ne méritait que de crever comme une charogne. déjà les cris de rage s’élèvent, je n’ai plus qu’à finaliser le tout. Je vous jure que ça ne restera pas impuni ! Les Blancs Manteaux sont forcément dans le coup, et au nom de Kyllian Herberon, nous traquerons ces porcs et leur ferons payer la mort de notre Cap’taine ! » Des cris de colère rugirent, et bientôt, on cria mon nom partout dans le QG de la divions II. J’étais le centre d’attention. Je fis aussitôt nettoyer tout ça, et organisai la cérémonie de deuil du vieux Kyllian.

         Ce jour là, tout le monde était rassemblé dans la grande cathédrale. Prêtée pour l’occasion par la Lame, tous les légionnaires étaient réunis, la Division II devant les autres. Osgeir était debout devant le corps de Herberon, et il faisait un discours émouvant et motivant. J’étais à côté des quatre autres capitaines de division. J’avais d’abord été surprise qu’on m’accepte aussi rapidement dans leurs rangs, mais il était connu que j’avais une relation proche du père-fille avec le vieux capitaine, et étant le seul officier encore en vie, je me devais de représenter la division. A ma droite se tenait une fille à peine plus âgée que moi, une superbe brune du nom de Keira Stark, qui était devenu capitaine quelques mois auparavant. A ma gauche se tenait le plus grand Norn que j’aie jamais vu. Il m’effrayait. C’était le vieil ami de mon mentor, le capitaine Njörd. A sa gauche se tenaient les deux derniers capitaines, que je n’avais jamais vu. Le premier était un Asura recouvert de vêtements rouges, où on ne voyait que les yeux, roses, changeant d’intensité en fonction de son regard, mais ils étaient si impressionnants qu’ils intimaient immédiatement du respect. Le capitaine de la cinquième division était un grand chauve élonien du nom de Kavaka, un autre ami d’Herberon, reconnaissable à son allure fine mais sculptée, son air morne et son regard de zombi. Lorsque Osgeir finit son discours, tous frappèrent du poing au niveau du cœur, tandis que ceux de la Division II remontaient leur second poing dans leur dos, et saluaient. Il n’y avait pas eu moment plus triste depuis mon arrivée à la Légion, mais ce jour là, je me promis de ne plus jamais accepter qu’il y en ait d’autres. Par ce sacrifice, il fallait maintenant être digne et redresser la barre. J’avais perdu deux amis précieux, et je me sentais seule, mais imprégnée d’une mission tellement supérieure.
Alors qu’Osgeir se retournait vers ses Capitaines, il me fit appeler près de lui. Il devait vite choisir un nouveau capitaine, car la Légion ne pouvait survivre sans ses cinq meneurs de division.

« Kelayne aes Sedai, Sylvari de l’Arbre Clair, aujourd’hui tout le monde est témoin pour reconnaître que vous avez attrapé le traître à son rang Queh Gahs’tejol, qui a tué le noble Kyllian Herberon. Par votre grade, votre bravoure, et pour avoir vengé votre mentor, nous espérons que vous gagnerez vite l’expérience, pour compléter le respect qu’ont déjà ces hommes pour vous. en effet, tous les hommes de la division II avaient gueulé pour que je sois choisie en tant que capitaine, même les plus vieux avaient apprécié mes moments de beuverie avec eux, ou encore les fois où je leur posais tout un tas de questions sur une vieille guerre passé bien avant mon ouverture. Ainsi je vous nomme Capitaine de la Deuxième Division de la Légion d’Obsidienne, puisse la Pierre Noire être dans votre cœur à chaque mission, à chaque vie prise, pour le bien de la Kryte.
-Pour la Légion ! » On me donna un anneau, symbole des capitaines d’Obsidienne, et je saluai devant mes soldats. Ils crièrent tous ensemble mon nom. Ainsi j’étais devenue capitaine.
Cela fait maintenant plusieurs mois. Je n’ai toujours pas choisi de lieutenant. Je n’avais pas prévu que la chose qui m’effraierait le plus dorénavant, ce serait qu’on me fasse la même chose que j’avais fait endurer à mon prédécesseur… Néanmoins, je suis maintenant plus forte, et plus sure. Je vouerai ma vie à la Légion, et avec elle, à la pacification du monde, par tous les moyens.

Notes de la Sylvari Kelayne Aes Sedai,
Seconde-Née de l’Arbre Clair,
Cycle de la Nuit.
         Fin.

Kelayne #3

         C’est un réveil. Je crois. Je tombe sur un sol dur, et toute la sève dans laquelle je baignais se répand autour de moi. J’ai un peu froid. Un vend souffle sur mon visage, un vent doux. Mes cils s’excitent, j’ouvre les yeux. Tout est vert, bordeaux, jaune. J’ai appris ces couleurs dans le Rêve. Je comprends à ce moment ce qu’il m’arrive. Je suis née ! Je ferme les yeux, et essaie de ressentir ce qui fait de moi une Sylvari adulte. Mes mains s’ouvrent et se ferment, saisissent le bois sous mes jambes. Elles caressent l’écorce, savourent les sensations sur le bois. Mes feuilles entrelacées dans mes bras, celles de ma coiffure, toutes s’éveillent, se dressent fièrement contre le vent, créent le sentiment de voler. Enfin je crois que ça ressemble à ça, voler. Je n’ai jamais ressenti une telle chose. Mes yeux s’ouvrent à nouveau. Je passe une main devant mon visage, souffle dessus. L’air que je dégage ne vient bien sûr pas de poumons ou autre, comme les humains durant mes nombreux rêves, mais de mes cuticules et de la couche protectrice sur ma « peau ». Ma sève s’éveille au contact de l’oxygène dans l’air, brille plus fort. Elle illumine mon entourage et je découvre que je ne suis pas toute seule. C’est le seul moment de la vie d’un Sylvari qu’on ne peut pas voir dans le Rêve, la Naissance. Un mâle me regarde de haut. Je m’habitue peu à peu à la lumière de la lune, des lanternes et de la sève de chaque branche de l’Arbre Clair, bénit soit sa sève.

         Malomedies me sourit et pose une main sur mon épaule. je baisse mon regard et découvre que je suis nue. Je ne suis pas choquée. Je laisse ça aux femelles humaines. Comme la dame blonde de mes rêves, je réalise que mon corps est sublime à mesure que je le découvre et que je le palpe. Mais je n’ai pas le temps d’aller en profondeur, mon maître d’éveil crée un contact dans ma sève, et les feuilles et le bois qui constituent mon corps s’agrandissent, s’ouvrent, recouvrent mon corps. Une grande feuille vient couvrir ma poitrine, puis une autre dans un sens différent. Les secondes passent et mon propre corps me crée des vêtements légers et agréables. Je remercie l’Arbre Clair de cette bénédiction, et souris à Malomedies. Je me lève enfin. Je tiens sur mes jambes. Je regarde autour de moi, le monde est libre d’être explorer.

         Dans le Rêve, tu n’y penses pas, mais une fois dans le monde, ouvert à l’exploration, tu te demandes bien ce que tu comptes faire de ta vie. Je me le suis demandé pendant des années. J’ai été une ambassadrice de mon peuple pendant les cinq dernières, mais ce n’était pas pour moi, mais pour toute ma race que je le faisais. J’allais et venais, au Promontoire Divin, à la Citadelle, je retournais au Bosquet porter des messages. J’étais l’envoyée de Caithe comme d’autres Sylvari, missionnée pour mes capacités et mes Rêves. En effet on choisissait les Sylvari pour leurs compétences, leur intelligence et leur expérience dans le Rêve. Ensuite venait leur capacité d’adaptation au monde et leurs rencontres déjà effectuées. A l’époque où je cherchais à aider mon peuple, et donc que je suivais Caithe dans son ambassade pour la paix, je rencontrai la reine humaine. Ma présence était bien sûr minime, et elle ne m’adressa même pas la parole, mais je la sentis gentille. Elle s’entretint de nombreuses fois avec notre héroïne et ses amis, les légendes de chaque race. C’est à la suite de cette réunion qu’on parla aux guerriers, aventuriers et autres solitaires, qui voulaient œuvrer pour une noble cause, de l’ancienne et noble Légion d’Obsidienne.

         Je ne connaissais pas cet ordre. Malgré tous mes Rêves, je n’avais jamais accédé à une telle connaissance, peut-être parce que leurs actions dataient de bien trop longtemps, et que l’Arbre Clair ne me montrait que les grands acteurs et intelligences afin qu’on apprenne vite. J’essayais de me renseigner, mais peu de choses en sortirent, si ce n’était une bonne et noble cause qui agissait en accord avec les humains et la Lame pour aider. Mais ce fut un autre côté de leur ordre qui m’y fit m’y intéresser. Elle agissait dans l’ombre par bien des aspects. Même si d’après l’envoyé de la Lame qui nous enjoignait à rejoindre la Légion, le nombre de servants s’était agrandi ces dernières décennies, elle restait la pâle ombre de ce qu’elle avait été, une vraie armée. Et c’est ce côté espionnage qui m’intrigua. Un ordre aussi puissant, bien que diminué, aurait du lever une armée pour combattre les ennemis de la Kryte… Je décidais de mener mon enquête, et de m’approcher de ces protecteurs.

         Lors d’une mission pour Caithe, et alors que je menais toujours mon enquête sur la Légion, je fis la rencontre d’un lieutenant d’une division de la pierre noire. A cette époque j’étais à la recherche d’agents de la Cour des Cauchemars, et cette quête m’avait amenée près d’un bosquet éloigné de l’Arbre Clair. A cette même époque des humains renégats s’étaient fait remarquer à la capitale humaine. Ceux-ci voulaient un trône plus agressif envers les autres races, et comptait déjà plusieurs attaques suicides pour se débarrasser d’ambassadeurs Charr. J’étais au courant de ce fait mais n’étais pas en charge de l’enquête car ça ne concernait pas directement Caithe ou un de mes camarades. J’étais pour ma part sur la piste de deux traitres à l’Arbre Clair, qui avaient rejoint depuis peu la Cour, et je pensais pouvoir les pister et faire une attaque éclair avec mes deux compagnons de la nuit. Neyl’a et Ryotn étaient deux Sylvari qui avaient grandi ensemble, et je les avais depuis quelques années maintenant sous mes ordres. Ils étaient spécialistes de la dague, et pouvaient tuer n’importe qui dans la nuit, sans que même les animaux s’en rendent compte. C’était des amis, et des servants exemplaires de l’Arbre Clair. Lorsque nous arrivâmes aux alentour de la forêt suspecte, nous comprîmes très vite qu’il n’y avait pas que deux traîtres à notre race, mais quelque chose de plus nombreux, et plus dangereux. Des soldats humains étaient partout, défendant chaque entré des chemins, et plusieurs faisaient des rondes dans le bois. Je procédais à un rapide tour de la zone, avant de revenir en arrière vers mes deux assassins. J’avais souvent rêvé de batailles rangées, mais bien souvent je m’étais plus retrouvé à assassiner un par un les ennemis de Caithe qu’à décimer une armée. Et cette nuit là, nous recommencions notre danse morbide. Nous n’aimions pas ce qu’on faisait, mais on le faisait, pour le bien de la Tyrie.

         Nous avancions à travers les branches des arbres, rapides et efficaces. Je me pendais par les jambes, enfonçais ma dague dans le cou d’un ennemi, puis le remontais et l’accrochais au tronc dans le feuillage. Je n’aimais pas les armes du genre, et je préférais combattre avec ma rapière et mon vieux revolver qu’avec cette arme de tueur, sans aucun honneur. Mais parfois l’honneur, il fallait s’en passer. Et puis tuer ces bouchers sans foi ni loi, ça ne méritait que ça, un coup de dague, un coup du lapin, et rien d’autres. Riotn tuait vite et bien, et nous avions déjà bien nettoyé la zone quand un cri de guerre se fit entendre, suivis de dizaines d’hurlements, d’appels à la charge, de cor qui crient et de flèches qui volent. Mais le tout n’était pas dirigé vers nous.

« Neyl’a, couvre moi, on va mettre fin à la vie de ceux qui trainent encore par là ! avait annoncé son fiancé.
Et ils étaient partis en trombe tuer tous ceux qui passer sous eux, descendant même à terre pour aller vite. Et pour ça, pas de problème, les cadavres s’empilaient. J’étais chargée de leur donner des ordres, mais ils n’avaient nullement besoin de moi. Je partai donc à la recherche de ce qui avait ruiné leur escapade nocturne. Et je découvrai après cinq minutes de passage furtif entre les branches que la nuit allait très mal finir. Il y avait une vingtaine d’humains à l’allure mauvaise, habillés en loque avec des épées de mauvaise facture, qui combattaient un groupe de trois individus en noir. Deux étaient des hommes de haute taille, le troisième était une petite Charr, qui griffait chaque ennemi qui s’approchait d’elle. Je considérai alors qu’il s’agissait d’assassins, œuvrant contre les hommes et donc, plutôt dans le même but que nous. Au milieu des assaillants humains, il y avait les deux Sylvaris que je pourchassai ! Je décidai d’observer encore un peu. Vingt était un grand nombre, et mes feuilles me semblaient bien peu épaisses face à ces barbares et mendiants en manque de femmes, d’argent et surement de sang. Alors que Riotn et sa compagne me rejoignaient, un des assassins fut mis à terre, et à moitié décapité. C’était un homme d’un age avancé, qui semblait sourire au moment de rendre son dernier souffle. A ma gauche, Neyl’a lâcha un juron, et je dus la contenir pour qu’elle ne saute pas sauver les deux compagnons du mort. Nous autres Sylvari sommes très sensibles à la mort puisque nous ne l’avons que peu vue. Riotn lui ne tenait pas en face, rouspétant que notre mission avait échoué, et qu’on ne pouvait pas foncer dans le tas. Je décidai alors quand même d’agir, ces gens avaient la même mission à priori que nous.

         Je me concentrai et rangeai mes dagues. Il était l’heure de passer à la phase action de cette mission. La sève en moi palpitait, et s’illuminait à moments réguliers. Riotn et Neyl’a firent de même, et nous plongèrent ensemble dans l’ombre de l’ennemi. A mesure que j’avançais, je dégainais mon flingue et mon épée. Sifflant en sortant du fourreau, un ennemi l’entendit et se retourna, mais déjà un coup de marteau de Riotn le faisait sombrer dans la mort. Deux loups vinrent épauler Neyl’a, et ensemble nous bondirent sur les humains.
         Mon épée tranchait des bouts de peau et elle pénétrait les peaux de cuir de mes ennemis. Le marteau et le bouclier de Riotn étaient des armes vengeresses qui massacraient autant qu’elles protégeaient. Et Neyl’a restait tranquillement en arrière avec un arc tandis que les loups sautaient à la gorge de deux soldats. Le compte étaient de cinq contre quinze, mais déjà les assassins au milieu du groupe s’en sortaient un peu mieux. Mon revolver tirait une balle par ci par là, mais je me fis vite encercler, et une hache me transperça le ventre. Trop tard pour moi. Ou pour mon double. L’illusion explosa en petits papillions violets, alors que je sortais définitivement d’une haie derrière un ennemi. Mes clones étaient de parfaites répliques, ma magie créant même de réelles blessures. J’allai vers les assassins aussi vite que je le pouvais, afin d’apporter mon aide. En chemin j’écrasais mon arme sur le front d’un soldat à l’air ahuri et lui tirai une balle dans le crâne. Riotn me félicita de loin et poursuivit son combat contre un homme à la carrure de Norn. J’arrivais enfin devant le corps de l’homme en noir mort un peu plus tôt. Ses deux camarades combattaient autour de lui, les deux Sylvari s’étaient joint au combat et il était difficile pour les deux assassins de rivaliser. Je me fis Illusion. Moi, cachée dans l’ombre de la magie, je me déplaçai furtivement derrière un des traîtres que je pourchassais depuis un mois. C’était un homme, et mon inimitié pour eux se fit ressentir à ce moment. Je rentrais mon épée dans son cou, plusieurs fois, réapparaissant aux yeux de tous, tandis que mon illusion se faisait décapiter par le frère du traître Sylvari. Les assassins crièrent un hourra et reprirent de plus belle. Je me tournais vers le dernier homme dans notre joute et l’assassinais prestement en quelques passes d’armes. C’est là que j’entendis un cri.

         Neyl’a n’avait pas vu venir le coup, et une dague était plantée entre ses yeux. Le dernier Renégat Sylvari s’était retourné pour se débarrasser d’un de ses adversaires, et c’était tombé sur ma protégée. Folle de colère, je lachais alors une phrase courte, un mantra que j’avais préparé à l’avance, et dont je savourais chaque mot dans l’espoir qu’ils fassent souffrir à mort l’ennemi. Les mots eurent un écho, et frappèrent le cerveau du traitre, qui tomba à terre pour se tenir la tête. L’un des assassins courut et décapita proprement notre ennemi commun. Riotn courrut au près de sa compagne, qui inerte étaient léchée par ses loups, dans l’espoir de la réveiller. Mon servant pleurait sa fiancée, tandis que nous finissions les derniers brigands. Les assassins récupéraient et nettoyaient le corps de leur compagnon quand je m’approchais d’eux, préférant laisser Riotn et à sa tristesse.

« Je me nomme Kelayne… aes Sedai, ambassadrice de Caithe la noble, pour l’Arbre Clair. Qui êtes-vous ? j’avais énoncé cela avec toute la politesse possible, même si j’étais encore sous le choc de la perte de mon amie.
-Voici Madric. C’était un vieil homme qui venait de parler, avec un regard vif. Il n’enlevait pas pour autant son tissu autour de la tête et du visage. Il indiquait de la main une petite Charr qui devait faire ma taille mais qui, le sang plein la gueule et sur les poils, effraierait n’importe qui.Et moi je suis Fair Hail StormHunt, Lieutenant de la Légion d’Obsidienne. Je vous reconnais Kelayne Sedai de l’Arbre Clair, nous nous sommes aperçu au promontoire divin une fois. J’étais pas loin de la Reine, avec mon Cap’taine. On vous doit une fière chandelle, on a été pris de court.

-C’est avec le plus grand plaisir que je vous revois alors monsieur Stormhunt. Je ne pensais pas rencontrer ici quelqu’un, mais alors la Légion en mission… Étonnant.
-Il faut que nous rentrions vite pour faire notre rapport, pourquoi ne pas venir avec nous ? nous sommes bien plus près du promontoire divin, et mon chef m’attend là bas, au quartier général de la Lame qu’il m’a donné rendez-vous ! J’suppose que vous en avez fini ici avec ces branches… il se reprit aussitôt, rougissant malgré sa belle cinquantaine passée... Excusez-moi, ces Sylvari.
-En effet. Laissez moi reconduire mon compagnon, et je vous suivrai. Mon ami rejoindra le camp allié le plus près quant à lui. sans expliquer en détails, je repartais voir mon petit assassin. il s’était allongé à côté de sa compagne, et regardait le ciel, ses yeux vides de tout sentiment.
-Riotn ? il ne répondait pas. Riotn ! Il se leva et regarda autour de lui, puis tout d’un coup son regard se fit très convainquant.
-Kelayne, la corruption ! « 

         Dans les mains du sylvari perforé par mon épée, une toute petite jarre serrée dans son poing était ouverte. Nous vîmes s’échapper une lueur violette, très légère, puis des volutes. Les assassins étaient à vingt mètres, le temps qu’ils se retournent, de multiples cadavres de gardes se levaient, désarticulés. Sur eux, de la groute violette et des plaques commençaient à apparaître. La magie d’Orr ! Je sortais mon revolver aussi rapidement que je le pus, tirant à travers la tête de deux maccabées, qui chutèrent aussitôt pour ne plus se relever. Mais il fallait fuir, car avec cette magie, on ne savait pas quels pouvaient être les résultats d’autres amoncellements de morts. Je courus vers Riotn, le prit par le bras et repartit aussitôt dans le sens inverse, mais les Légionnaires qui combattaient les immortels, avec bien du mal. Le vétéran était blessé, mais il réussit à repousser les guerriers morts, mais la petite Charr n’eut pas cette chance. Lançant mon clone que j’avais matérialisé juste avant, j’essayais de stopper l’attaque de l’ennemi, mais en vain. La petite féline fut massacrée par les épées. Le vieil homme cria et prit la fuite. Nous contournâmes les morts-vivants et prirent la même direction, les combattants de la malédiction ne pouvant pas nous rattraper à cause de leur lent déplacement. Ce fut une petite course qui nous fît finalement nous arrêter au bord d’un fleuve, à l’aurore. Nous étions épuisés, en bordure de la Kryte, et nous décidâmes de courir directement au promontoire faire le rapport de la Légion.

         Le Capitaine de la seconde Division était une sorte de mentor pour moi. Il donnait nombre de bons conseils, écoutait et donnait son avis sur n’importe quel sujet. C’était un homme à la forte carrure, aux cheveux blancs courts coiffés en arrière, avec un collier de poils blancs et une moustache qui descendait, le tout rasé proprement. Un noble s’il en était. Il s’appelait Kyllian Herberon, et tout le monde l’appelait Capitaine ou « le vieux Kyll ». C’était un guerrier dans son temps, mais qui avec l’époque et la situation politique des Charr et des Asura, avait préféré travailler dans l’ombre. Il était entré au service de la Légion bien avant la naissance de mes premiers camarades, bien avant même que les morts commencent à menacer la Tyrie. Il avait plus de quatre vingts étés, et pourtant, je n’aurais pas donné cher du premier à le défier à la lutte. C’était un homme d’honneur pourtant, et c’est peut-être ce qui l’en faisait un vrai légionnaire. J’appris avec lui que ce que je considérais comme une tâche ingrate mais nécessaire était en fait un devoir, et il me l’apprit dès l’instant où je le rencontrais.

         Moi, Fair et Riotn, étions finalement arrivé à la demeure des Lames, et le capitaine nous attendait à une table au fond de la taverne des guerriers saints. Il portait une énorme armure, argentée et noire, avec une grande cape noire qui la recouvrait entièrement. J’étais impressionnée, et mon bizu encore plus. Fair l’avait salué avec un point sur le coeur et un autre dans le dos, j’osais faire pareil, et le capitaine leva un sourcil en ma direction. On lui expliqua rapidement les choses, et il nous fit un sourire qui nous rassura tous. Il était désolé pour Neyl’a, et désolé pour ses deux guerriers de la Légion. Pour ma part je voulais en apprendre plus sur la Légion, et c’était l’occasion de ma vie. Je posais un tas de questions, et il n’en répondit pas à la moitié. Autre chose le préoccupait. L’état du vieux Fair. Blessé par les corrompus, ses jours étaient malheureusement comptés. J’avais fait tout ce que je pouvais pour le sauver, et des gardiens de la Lame avaient essayé différents sorts sur lui mais rien ne pouvait soigner la corruption du Dragon. Herberon essayait de ne pas le montrer, mais il n’avait pas lancé de missions et n’avait pas quitté le chevet de son lieutenant depuis déjà une semaine, depuis notre retour du bosquet funèbre. Ils étaient de vieux amis de ce que j’avais compris, et le vieux soldat avait beaucoup de peine à imaginer vivre sans son compagnon de longue date. Moi, je restais aux côtés du vieux capitaine, remplissant ma tête de tellement d’informations sur la Légion, sur les dates importantes de cet ordre et sur ses différents terrains d’action. Un matin, Fair rendit l’âme, et Kyllian brûla son corps pour éviter au dragon de corrompre son vieil ami, au cas où. Pour ma part, je ne me décidais pas à quitter le capitaine. Caithe attendait surement mon rapport dans un coin de la Tyrie, mais j’avais encore des choses à faire ici, je le sentais. Je fus convoqué le lendemain par le capitaine, dans un bureau que les Lames alouaient d’habitude aux ambassadeurs.

« Jeune fille, je n’ai pas l’habitude de parler à ton espèce. Il y a parfois des Sylvari qui se font recruter dans nos rangs, mais jamais encore on en a eu de volontaire pour rejoindre ma division. J’étais je l’avoue un peu réticent à accepter parmi nous ta race. J’ai peu de confiance en des gens pour qui la corruption n’est rien, on pourrait croire que vous êtes de mèche avec le Dragon d’Orr. il avait dit ça directement, sans prendre de manchettes, sans même penser au fait que je puisse être vexée ou autre. Il était franc, et ça me plaisait. Pourtant, tu respectes l’Humain, et tu as respecté Fair, tu as même aidé mes légionnaires. Pourquoi ?

-Dans le Rêve, j’ai vu des batailles où celui qui gagnait écrasait l’autre, violait sa femme et son enfant. Et j’ai vu ça dans l’oeil de ses hommes il y a quelques jours. Mais pas dans les yeux de Madric ou de Fair Stormhunt. Ils étaient braves. Alors je me devais de les aider.
-Le petit qui est avec toi, se remet-il ? on avait rarement vu Riotn cette semaine, il buvait et essayait d’oublier ses problèmes, comme les humains l’auraient fait. Je devais avoir une discussion avec lui, car il ne filait pas droit, comme aurait dit Malomedies.
-Difficilement, il lui faudra du temps, il n’avait qu’elle. et moi, mais ce n’était pas le même lien entre nous. J’étais comme une grande soeur, elle était sa vie.
-Je comprends cela. J’ai eu une femme à une époque, mais les guerres me l’ont prise. Herberon avait vécu de terribles guerres, y compris les répressions Asura après que les Charr aient cherché à s’installer sur leurs terres, il y a plus de cinquante années. Tu me l’enverras, je peux peut-être le remettre d’aplomb. Mais cessons de parler de cela, et venons à l’essentiel. La Pierre Noire a besoin de toi. Tu es brave, tu combats dans l’ombre comme personne m’a signalé mon vieux Fair, et tu es noble de cœur. La Légion veut des soldats, beaucoup, mais elle a surtout besoin de meneurs, de gens qui encouragent la foule, qui combattent l’ennemi, et dans l’ombre, qui sauvent la Kryte. Ce n’est pas un métier facile, ça ne te donnera pas la gloire, si ce n’est celle de la Légion, dans un millier d’années, comme elle était légendaire, il y a plus de deux cent ans ! Rejoins le Poignard qui est mien et je te promets une vie faite de bonnes actions, une vie à aider, et, bien que dans le sang, une vie pacifique où nul vieillard ne devra mourir devant des morts vivants. un choc. Il m’avait semblé que ma présence lui plaisait pendant son deuil car j’occupais son esprit, mais je n’avais pas pensé qu’il puisse me proposer une place dans cet ordre multi-centenaire aux innombrables secrets…
-Je… ne sais pas. J’ai besoin de l’avis de Caithe !Je vous donnerai rapidement une réponse, je vous le jure. » en même temps, il me fallait à réfléchir au fait que j’allais vouer ma vie à un ordre qui n’avait pas mention dans les bouquins depuis plus de deux siècles, un ordre secret et terriblement attirant…
Le vieux Capitaine me fit signe de la main que je pouvais disposer, son sourire me rassura, et je me dis que j’avais devant moi quelqu’un qui croyait en ce que j’étais, qui me donnait un but, et enfin je trouvais une place à mon existence.

         Peu de temps après, je rejoins la Légion d’Obsidienne, introduite par le Capitaine lui même, qui me prit sous sa tutelle, et bientôt, m’apprit à agir dans l’ombre, à assassiner pour le bien de la Couronne et à espionner même les plus humbles paysans. Il m’apprit la politique, les jeux de pouvoir, favorisant l’utilisation de ma magie plutôt que de mes armes, m’encourageant à apprendre toujours plus, l’histoire, des gens, des groupes, des peuples, des ordres. Je me séparais peu à peu de l’Arbre Clair pour embrasser une cause plus mondiale, l’assurance d’une paix dans les années à venir, contre le sacrifice d’une élite guerrière, la Légion d’Obsidienne.

Kelayne #2

          Alors que je suis encore une fois en train de rêver de la reine blonde, un sursaut dans ma gousse me fait sortir du rêve quelques secondes. Elle devient de plus en plus transparente. J’entre-ouvre parfois les yeux, mon réveil se fait proche. Je vois à travers parfois. Les Premiers-Nés veillent sur nous. Pourtant ils sont à peine plus agés, des enfants pour ce monde. Nous les remercions pour cela. Je replonge aussitôt dans le Rêve. Un charr. Et derrière lui des centaines de charrs. Mais que font-ils ? Ils galopent à travers les plaines. Mais ils foncent sur Orr et toute la Kryte. Quand sommes-nous ?

         Le prêtre d’Orr fait son rituel. Je le vois qui se coupe le poignet pour verser le sang. Alors que je lui crie que ça ne sert à rien, je ressens et vois ce qu’il fait. Il appelle une magie bien noire… Je suis propulsée hors du rêve, plus jamais je n’irai en rêve à Orr…

         Quelqu’un me regarde à travers la gousse. Ses veines brillent, la sève est bien jaune, je suis impressionnée. Mais l’Arbre Clair n’en a pas fini avec moi, il me rappelle à lui.

         Ke’yaviend’ha est à cheval devant un millier de soldats qu’elle a entrainé et poussé à la victoire. Elle y est proche. Je me passe une main dans les cheveux. Enfin, elle le fait. Je me sens si proche de cette noble, alors que je suis une enfant, la reine d’une belle cinquantaine d’année ordonne à ses hommes l’arrêt. Elle lève l’épée. En face d’elle, des milliers de norns. Nous sommes à la tête d’une armée de soldats entrainés, mais en face, il y a la passion de la guerre, et le temps nous est défavorable. La Dame pointe son épée vers l’ennemi, et tous foncent, courent à leur perte, pour l’amour de la femme blonde.

         Je charge dans la bataille comme une furie sanguinaire. Mes soldats, mon armée, me suivent comme mon ombre. Nous déferlons sur les ennemis en rang serrés, nos chevaux soulèvent la poussière de la plaine et l’herbe est arrachée par la violence de la course. Les ennemis aussi foncent vers nous. Ils sont à pieds, mais près du double de soldats, et tous savent qu’un Norn est fier et puissant, imbattable. Ce sera un combat digne des plus grands récits.
Je repense à toute ma vie, passée à ruiner des personnes, à tuer pour devenir la reine de mon peuple. J’ai utilisé les pires méthodes pour arriver à ce stade. J’en suis fière, il a fallu du sang et des larmes, mais mon peuple est en paix, et veut maintenant se venger de ses voisins du nord. Sur ces terres où nous avons perdu frères et pères, il est grand temps que le royaume se relève de ses cendres ! J’assure la prise sur ma hache de guerre, de trois bons pieds et de deux de large, c’est une pièce noire et luisante, faite d’Obsidienne, la pierre incassable. Je détruis le bouclier du premier soldat qui passe, tourne sur moi même, donne de l’ampleur à mon mouvement circulaire et viens tout simplement couper la tête des deux prochaines armures qui passent sur mon chemin. Les géants blonds m’entourent, je me sens chez moi parmi eux. Mais ils ne sont pas les parents que j’ai perdu. Mes guerriers s’introduisent dans le cercle d’ennemis et tailladent de la tête Norn à foison. C’est un massacre des deux côtés, et je ne perds pas espoir de mettre fin à cette race de barbares. Je resserre mon amprise sur la bataille, et sur ma hache, et j’attaque à nouveau. On contre ma hache mais je pousse du pied l’ennemi et je le finis en transperçant son casque. Le temps de retirer ma lame, que je la rentre à nouveau dans un corps sur mon côté, un de mes soldats finit le norn tandis que j’aperçois une couronne d’acier au loin.
          IL EST LA !

         Mon sang ne fait qu’un tour et je fonce vers le seigneur Norn. C’est un barbare sans foi ni loi qui pille et viole, il mérite de mourir, autant que chaque homme. Mais je ne peux me passer des miens. Lui par contre, il va tout perdre aujourd’hui, je le jure. Ma hache se prépare et affronte son bouclier. Je le vois éclater de rire, et ma rage s’agrandit. J’ordonne aux soldats à côté de moi de sécuriser la zone où on se retrouve, et un cercle se forme pour protéger les deux chefs de cette bataille, tandis qu’ils s’entretuent. Je l’effleure à peine, il est bien trop rapide. De son côté, il me blesse peu, j’ai souvent combattu contre plus grand que moi, ma hache me sert aussi de bouclier. Je passe sous son épée et je l’entaille sévèrement la jambe. Je tourne sur moi même et va pour lui coller le coup de grâce et remontant droit sur sa tête verticalement.

         J’ai revécu ce moment avec une autre personne un autre jour, ce qui m’a permis de comprendre ce qui s’était passé ce jour là. Alors que la reine fonçait dans le combat, son second, un grand guerrier, amant de la reine par extension, combattait de son côté avec un petit bataillon contre la furie ennemie. Il s’appelait Gerald, c’était un paladin, une vraie sainteté chez les guerriers, pur et dévoué. Mais ces années passées à servir une reine prête à tout, l’avait peu à peu changé. Il avait appris à se salir les mains pour le bien. Et il avait aussi compris comment voir et résoudre un problème. Et il en avait un très gros. Ses soldats se faisaient massacrer par la troupe de barbares. Il lui fallait trouver un moyen d’abattre ses adversaires. Il réalisa très vite qu’ils ne pouvaient gagner. Il chercha sa reine des yeux, et ne la voyant pas, se fraya un chemin jusqu’au centre de la bataille, là où il l’avait perdu de vue.
         Elle était là, combattant le Norn à la couronne. Il était fort, elle l’était bien plus en vérité. Mais elle n’avait pas son armée. Or Gerald savait très bien ce qu’il adviendrait d’elle et de son peuple si le roi adverse mourait… Un autre prendrait sa place dans la minute, et toute l’armée de la belle Dame serait éliminée. Gerald savait aussi ce qui faisait du seigneur Norn un bon seigneur. Contre une bonne paye, il serait prêt à tous les épargner. En tant que Sylvari, je compris son acte, mais ce rêve me brisa le coeur. Le capitaine se força le passage dans le cercle, à coup de moulinets de sa masse, jusqu’à atteindre la reine. Elle venait de faire une magnifique fente, et il sentait qu’elle allait emporter ce duel dans les prochains coups. Il s’abaissa dans son dos, et sa dague transperça son sein gauche. Il pleurait en agissant ainsi pour son peuple, car il perdait son seul amour.

         Mais d’un coup j’ai mal, très mal. Je lâche aussitôt l’arme, et je m’appuie sur mes deux bras pour ne pas m’écrouler. Qui a pu… ?! J’écarquille les yeux. Je ne peux pas y croire, et Ke’yaviend’ha non plus. Comment est-ce possible. Je souffre le martyre, pire encore, la beauté de mon corps à jamais abimée par ce poignard dans mon cœur et en mon sein. Comment, pourquoi ?! Gerald, mon ami, mon compagnon.. Il pleure, mais c’est à moi de pleurer ! C’était ma victoire ! Ils étaient si beaux ensemble. Je revois encore les doux rêves où la Dame le convoquait la nuit, ou les regards triomphants lorsque le bel homme remportait une joute. Le Norn me regarde de haut. Il est aussi choqué que moi. Mais il sourit. Il s’agenouille à côté de moi, pousse Gerald par terre, et me prend la tête sur ses genoux. Elle pleure maintenant. Elle souffre comme jamais elle n’a souffert, physiquement et moralement. Elle n’a plus de force. Le barbare lui embrasse le front et fait un signe sur sa tête et vers son coeur. Il se rappellera d’elle. Mais je voulais tellement plus, qu’il paie, qu’ils payent tous… Etais-je trop faible ? J’entends Gerald qui crie qu’il est désolé… Je n’en peux plus, je souffle une dernière fois ferme les yeux. Elle n’est plus, et je me fais expulser du rêve à nouveau. Dans quel état je suis moi ? Kelayne, réveille toi !

Notes de la Sylvari Kelayne Aes Sedai,
Seconde-Née de l’Arbre Clair,
Cycle de la Nuit.

Kelayne #1

Voici un récit en quatre parties qui s’inscrit dans l’histoire de Guild Wars 2. Kelayne est une Sylvari, une humanoïde végétale.

          Mère nous le faisait rêver souvent. Pendant que mon corps grandissait dans la gousse, que ma sève se répandait dans mes ramifications, que mes feuilles s’épanouissaient, que les tiges créaient mon visage, Mère nous montrait ce qu’elle souhaitait qu’on sache. A travers nos rêves, nous vîmes. Dames Caithe et Faolain, mais aussi Aife, ou Malemodies et sa rencontre avec les Asuras. Ces créatures si étranges, faîtes de chair et de sang. Mais Mère ne s’arrêtait pas là, elle nous montrait l’étendue terrestre dans son ensemble. Bien avant les Premiers-Nés, ensoleillée soit leur vie, il y eut des hommes. Mère nous les montre à travers des rêves forts, emprunts de colère et de tristesse. Elle nous pousse à les aimer. Je les aime déjà. Elle nous montre ce qu’ils redoutent, le mal incarné. On ne le discerne pas, comme si mes feuilles cachaient à mes yeux et à mes rêves ce qui est trop dangereux. Mais je l’imagine. Mère nous souffle dans une image de corps flottant ce qu’il advient à ses proies. Je ressens autant que je vois une couleur. Elle est là, présente autour de nous. Et plus encore derrière, une sensation de douleur, de Mort, on nous a appris ce mot, je ne le comprends pas.
Comme la Naissance, et l’Enfance, comme Parents et Soeurs, tous ces mots nous sont inconnus. Nous sommes si différents de ce monde. En ce point Il est pareil. Si différent, si mortel. Je ressens les autres, ils se disent pareil. A travers les Premiers-Nés, nous savons qu’il ne peut nous maudir, nous corrompre, en ce la, nous savons. Il nous faut les combattre.

          Je revois encore Faolain crier devant les Premiers-Nés qu’il faut abattre l’ennemi. Dans les rêves tout semblait être en dehors du temps. Mais repenser à ce jour là, alors que nous venions « d’éclore »… Ce fut un jour mauvais pour les Sylvaris. Comme tous depuis quand on y repense. Mais à l’époque, le rêve était si plein, si vivant. Nous passions de la vie d’un humain à une époque révolue, puis nous vivions une découverte d’un Premier-Né, avant de revenir à un Centaure. La vie était si enrichissante. Nous apprenions tellement. Je me souviens qu’une pousse de mon cycle me dit un jour qu’il aurait toujours voulu vivre en tant que gousse. Je lui répondais alors que sa vie commençait à peine, et que Mère ne nous laisserait pas tomber et continuerait de nous apprendre. D’une certaine façon elle le fit.
Alors que je quittais la gousse pour la première fois, je me souviens très bien que notre somnité m’attendait. Je tombais à ses pieds et la sève protectrice se répandant tout autour de moi, il me demanda comment je m’intitulais. Comme beaucoup, mon identité s’était forgée dans le Rêve des rêves. Kelayne de la nuit, comme le crépuscule venait de s’éteindre, et que les étoiles étaient plantées dans le ciel de la Tyrie, il était évident de prendre le nom magique de la poussière de pierres précieuses. Sedai fut le second nom que je choisis, il symbolisait ce que je voulais devenir. Réservée et prompte à partir à l’aventure. Honneur et Fierté. D’être Sylvari, la plus jeune race de la Tyrie, mais aussi d’être l’agent de l’ombre contre le Dragon, et ses engeances prêtes à corrompre Mère. Oui je lui répondais « Kelayne aes Sedai », noble parmis les humbles. Il rechigna à dire s’il pensait quoi que ce soit de mon choix, mais je vis dans ses yeux que ça ne lui déplaisait pas. Il avait été le premier à rencontrer l’adversité, et j’étais fière d’être dans ce cycle, dirigé par Malomedies et sa rigueur. Bien des années plus tard, je le remerciais encore de m’avoir fait m’épanouir.

          L’impression de vivre en sortant de la gousse me vint alors que je ressentais pour la première fois ce lien d’empathie qui nous démarque tellement des autres races de la Tyrie. Ressentir les sentiments des ses proches, vivre avec eux les grands moments de leur vie, ce fut un instant de plaisir quand je vis mes deux camarades devenir amants dans les sentiments puis dans la sève. A l’époque je ne comprenais pas, mais nous le ressentions tous. Puis années après années, nous apprîmes ce qu’était qu’aimer un autre être, et alors que je devenais difficile à accepter quelqu’un dans le rêve, je me souviens encore m’avoir demandé si je ne devais tout simplement pas prendre et absorber le besoin toujours brûlant qui touchait mes feuilles, plutôt que d’attendre celle qui fera s’épanouir mes Rêves. Plus tard je fis ce choix, et maintenant que j’ai quelque recul, je dois admettre qu’il est bien plus plaisant de goûter les fleurs chaque jour plutôt que d’attendre le bourgeon de l’accomplissement.

Premières notes de la Sylvari Kelayne Aes Sedai,
Seconde-Née de l’Arbre Clair,
Cycle de la Nuit.